Nana (1880), neuvième roman du cycle des Rougon-Macquart, retrace l'ascension fulgurante puis la chute de Nana, fille de Gervaise déjà rencontrée dans L'Assommoir, devenue actrice et courtisane de la haute société parisienne du Second Empire dont la beauté sensuelle et l'appétit de luxe exercent une fascination dévastatrice sur les hommes de tous les rangs sociaux qui l'approchent, du grand bourgeois au noble le plus huppé, tous ruinés tour à tour par leur passion dévorante pour elle. Zola y développe une satire sociale mordante de la décadence morale du Second Empire finissant, Nana devenant, à travers ses innombrables liaisons vénales, un instrument de ruine et de destruction sociale qui expose crûment l'hypocrisie et la corruption cachées sous le vernis brillant de la haute société impériale, chacun de ses amants sacrifiant successivement fortune, réputation ou dignité conjugale pour satisfaire un désir qu'elle attise sciemment sans jamais éprouver elle-même de sentiment sincère envers eux. Le roman développe la thèse naturaliste zolienne de l'hérédité en présentant Nana comme le produit direct de la misère et de la déchéance de sa mère Gervaise, sa sensualité irrésistible devenant paradoxalement une arme de vengeance sociale inconsciente contre la classe bourgeoise qui a méprisé et broyé sa famille d'origine populaire, thème que Zola résume dans une formule célèbre présentant Nana comme une « mouche d'or » née du fumier populaire pour corrompre et venger son milieu d'origine sur l'aristocratie et la bourgeoisie qui l'exploitent. Le dénouement du roman, où Nana meurt de la petite vérole dans un hôtel parisien au moment même où éclate la guerre franco-prussienne de 1870, dont les cris de « À Berlin ! » résonnent en contrepoint ironique et funèbre sous ses fenêtres, associe symboliquement sa déchéance physique individuelle à celle de tout le régime impérial sur le point de s'effondrer. Considéré comme l'un des romans les plus scandaleux et les plus commercialement réussis de Zola en raison de sa peinture crue de la sexualité et de la prostitution mondaine, Nana demeure une charge sociale et morale d'une puissance satirique exceptionnelle contre la société du Second Empire.