Numa Roumestan (1881) raconte l'ascension politique de Numa Roumestan, homme politique méridional d'un charme et d'une faconde exceptionnels qui lui valent un succès électoral et une popularité considérables à Paris, mais dont le tempérament expansif et généreux en apparence dissimule en réalité, comme le découvre douloureusement sa propre épouse parisienne plus réservée et plus exigeante moralement, une inconstance et une légèreté fondamentales dans ses engagements tant politiques que sentimentaux, Numa se révélant incapable de tenir durablement ses promesses les plus enflammées une fois l'enthousiasme du moment retombé. Daudet y développe une satire sociale et politique mordante du tempérament méridional exubérant transposé dans l'arène politique parisienne, opposant la générosité verbale et l'enthousiasme communicatif mais superficiel de Numa à l'exigence morale plus rigoureuse et plus authentique de son épouse d'origine parisienne, contraste culturel et moral qui permet à l'auteur d'interroger avec ironie les mécanismes de la séduction politique fondée sur l'éloquence et la sympathie immédiate plutôt que sur la constance réelle des engagements pris. Ce roman, qui prolonge et complexifie la satire du tempérament méridional déjà esquissée avec plus de légèreté comique dans Tartarin de Tarascon, offre cette fois une analyse plus grave et plus politiquement engagée des dangers du charisme oratoire dénué de constance morale véritable dans la vie publique française de la Troisième République naissante. Par sa satire politique du charisme méridional sans constance morale, ce roman offre une réflexion plus mordante sur les mœurs politiques de son époque.