Pêcheur d'Islande (1886), l'un des plus grands succès populaires de Pierre Loti, raconte la dure existence des marins-pêcheurs bretons de Paimpol qui partent chaque année pendant de longs mois affronter les mers glacées et dangereuses au large de l'Islande pour la pêche à la morue, à travers le destin de Yann Gaos, jeune marin robuste et taciturne dont l'amour timide et empêché pour la douce Gaud, fille d'un notable local, se heurte longtemps aux différences de condition sociale avant qu'un mariage tant espéré ne finisse par se concrétiser au terme d'obstacles nombreux. Loti y déploie une écriture d'une sensibilité mélancolique et poétique exceptionnelle pour décrire la beauté grandiose et redoutable de l'océan islandais, les longues attentes angoissées des femmes bretonnes restées au port pendant les mois de pêche, et la fatalité tragique qui pèse en permanence sur cette communauté de marins dont beaucoup ne reviennent jamais, dénouement du roman lui-même marqué par la disparition en mer de Yann peu après son mariage, dans une tempête qui l'engloutit à jamais, laissant Gaud veuve après seulement quelques jours de bonheur conjugal. Ce roman, qui célèbre avec une tendresse et une gravité remarquables le courage et la résignation stoïque de ces communautés de pêcheurs bretons confrontées en permanence à la mort en mer, connaît un succès immense et durable qui contribue à populariser durablement l'image poétique et tragique de la Bretagne maritime dans l'imaginaire collectif français. Par sa poésie mélancolique et sa peinture inoubliable de la vie des marins bretons, Pêcheur d'Islande reste le roman le plus universellement connu et le plus durablement aimé de Pierre Loti. Loti s'inspire directement de ses propres observations de la vie maritime bretonne lors de ses escales à Paimpol, port dont il connaissait intimement les usages et les rituels d'attente des femmes de marins restées à terre.