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Classiquesen Ligne
Honoré de Balzac
Pierrette
MDCCCLV
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Source : Wikisource
XIXe siècle · 1855

Pierrette

1855Classique Français ClassiqueRéalisme
FamilleArgent

Pierrette (1840) raconte le destin tragique d'une orpheline bretonne de quatorze ans, Pierrette Lorrain, envoyée vivre chez ses cousins Rogron, marchands provinciaux enrichis mais avares, aigris et dépourvus de toute affection, qui exploitent la jeune fille comme domestique non payée tout en la privant de nourriture, de soins et de la moindre tendresse. Pierrette trouve un peu de réconfort dans son amitié innocente avec le jeune Jacques Brigaut, ami d'enfance resté fidèle malgré la séparation, mais cette amitié même devient prétexte à de nouvelles persécutions de la part des Rogron et de leur entourage, jaloux et médisants, qui multiplient les brimades jusqu'à provoquer chez l'enfant, déjà affaiblie par les mauvais traitements, une véritable déchéance physique. Balzac construit ce court roman comme un implacable réquisitoire contre la cruauté ordinaire et la mesquinerie provinciale, où la maltraitance d'un enfant sans défense se love dans les détails les plus quotidiens et les plus insidieux de la vie domestique, jusqu'à un dénouement d'une violence physique bouleversante qui précipite la mort de Pierrette et l'arrivée tardive et inutile de la justice contre ses bourreaux. Par la simplicité de son intrigue et l'intensité de son pathétique, Pierrette est l'un des textes les plus poignants de Balzac sur l'enfance sacrifiée et sur la cruauté que peut receler la respectabilité bourgeoise de province. Balzac dédie ce roman à un ami médecin, geste qui souligne la dimension presque clinique de son observation de la déchéance physique progressive subie par son héroïne sous l'effet des mauvais traitements. Ce texte reste aujourd'hui l'un des plus poignants du cycle balzacien sur l'enfance malheureuse, aux côtés d'Ursule Mirouët, autre héroïne orpheline confrontée à la cupidité de sa propre famille. Balzac y dénonce implicitement l'hypocrisie d'une province respectable en apparence, thème qu'il développera encore ailleurs dans son œuvre consacrée aux mœurs de la France provinciale.