Pot-Bouille (1882), dixième volume des Rougon-Macquart, dresse le portrait féroce et satirique de la bourgeoisie parisienne à travers la vie quotidienne des habitants d'un immeuble cossu de la rue de Choiseul, où le jeune arriviste Octave Mouret, tout juste arrivé de province, observe et exploite avec cynisme les hypocrisies, les adultères dissimulés et les petites lâchetés de ses voisins respectables en apparence. Derrière la façade immaculée de l'immeuble bourgeois, gardée par le concierge zélé qui veille à ce que rien ne transpire au-dehors, Zola dévoile un « pot-pourri » de mensonges conjugaux, de mariages arrangés par pur intérêt financier, de domestiques exploitées et parfois séduites puis abandonnées par leurs maîtres, et de convenances sociales qui masquent à peine une misère morale généralisée. Octave Mouret lui-même multiplie les liaisons intéressées avant de connaître un revers sentimental qui le pousse à quitter cet immeuble pour se consacrer entièrement au commerce, préparant ainsi directement sa métamorphose en magnat des grands magasins que Zola racontera dans Au Bonheur des Dames. Roman le plus ouvertement satirique du cycle des Rougon-Macquart, Pot-Bouille vise sans détour l'hypocrisie de la morale bourgeoise du Second Empire, qui exige des apparences de vertu irréprochables tout en tolérant en silence l'adultère, l'exploitation domestique et l'arrivisme le plus cynique, pourvu que rien n'en filtre jamais derrière la porte cochère. Zola y oppose systématiquement, à travers le personnage de la domestique Adèle exploitée et engrossée par ses maîtres successifs sans le moindre égard, la misère bien réelle des classes populaires qui servent cet immeuble à la respectabilité affichée et pourtant secrètement rongée de vices, contraste social qui donne au roman toute sa charge satirique. Le titre lui-même, expression populaire désignant un ragoût de restes mélangés, résume à lui seul le mélange indistinct de vices que Zola y dépeint. Le roman fut adapté à plusieurs reprises au théâtre puis au cinéma, tant sa satire de l'hypocrisie bourgeoise a conservé son mordant au fil des générations.