DÉCOUVERTE
Oh ! cette fumée jaune, jaune comme le souvenir d’une maladie. Oh ! ce chien hurlant dans le jardin gris. Mais déjà j’oublie que je m’ennuie. Ce n’est pourtant pas dimanche aujourd’hui, non c’est jeudi. « Dimanche, mets ta robe blanche, etc. » Il y avait un petit gamin qui chantait ça un jour sous les hauts arbres d’une belle avenue. Où est ce gamin ? Où est cette avenue ? Dans le souvenir qu’on ne revit plus.
J’aimerai pouvoir m’endormir en répétant : « La vie est un oignon que l’on pèle en pleurant. » Quand je parle d’oignon, je vois inévitablement et tout de suite un petit garçon avec un bonnet de coton blanc, assis sur un bahut de chêne dans une salle basse éclairée par une seule fenêtre. La fenêtre a des vitraux à pois bleus serrés. Le petit garçon avec un grand couteau coiffé d’une croûte de pain rassis pèle un gros oignon au-dessus d’une terrine blanche et de temps en temps, du revers de sa manche, il essuie une larme au coin de son œil bleu.
Ce que je raconte n’est pas intéressant, dites-vous ? Ce n’est ni une histoire, ni un poème ?
Non, bien sûr, c’est mon histoire.
Vous ne saviez pas que j’étais un petit garçon.
Vous n’avez pas encore vu sur ma tête ce bonnet de coton ?
Oh ! que vous me connaissez mal ! !
Je m’appelle Jean. Mon âme a la forme d’un triangle d’argent. J’ai un joli pantalon à carreaux rouges et bleus que je perds de temps en temps, parce que j’attends toujours que l’oncle Stanislas m’achète ces bretelles que j’ai vues à la foire de Triel.
Qu’ai-je encore que vous n’avez vu.
Ah ! ces oreilles, de grandes oreilles et des cheveux paillasson comme Angélique, ma petite sœur Angélique… Vous ne la connaissez pas non plus. Oh ! tas d’hurluberlus qui ne voyez rien, qui ne savez rien voir. Allez donc dans la rue peler vos oignons en forme de poire.