Scène X.
Il paraît que vous avez tenu parole, et que vous les avez courus les bois, petite sauvage ! Depuis une heure il a été impossible de vous trouver en pays civilisé… Oh ! les belles fleurs !
N’est-ce pas qu’elles sont jolies ? C’est ma moisson de ce matin.
Ah ! et c’est vous qui avez ainsi fleuri mon brave ami ?… Il a toutes les chances, ce brigand-là !…
Certes ! et j’en suis fier de ma décoration. Figure-toi que cette précieuse chose m’élève au rang des Salomon. Elle est le monument de ma sagesse transcendante.
Eh bien ! je ne l’envie plus ton monument. C’est un brevet de vétusté ; voilà tout. Au reste, je n’ai pas à me plaindre. J’ai eu ma part des gentillesses de ma cousine.
Toi ?
Comment cela ?
C’est un divertissement qu’elle se donne volontiers de nous traiter de vieux, dans ses mauvais moments.
Mon petit système fonctionne, bien. (Haut.) Qu’appelez-vous mes mauvais moments ?
Ceux où vous vous amusez à nous piquer de mille petits coups aussi précipités que les points de votre ouvrage de tout à l’heure.
Il semble bien alors que ce ne sont pas de bons moments pour vous, ceux-là.
Propos d’amoureux tout ça, qui n’avancent guère, les affaires ! (Haut.) En somme je me suis bien vengé de cette malice, si c’en était une !…
Il va le dire !
Tu es bien heureux toi de savoir te venger. Comment fais-tu cela ?
J’ai simplement rétorqué, en décernant à notre petite amie… (Elle lui fait signe de se taire.) … un honneur bien mérité.
Et lequel ?
N’écoutez pas mon pauvre ami, il radote. Dites-moi, cousin, vous avez fait une belle promenade au lac ?
Je n’y suis pas allé ! (À Adolphe.) Conte-moi donc ta vengeance, cela m’intéresse. Pardonnez-moi, cousine, je suis terriblement curieux.
Mon Dieu, qu’ils sont ennuyeux !
Irène est fâchée contre moi parce que j’ai deviné son secret.
Ah oui !… le beau secret que vous avez deviné là… (Elle profite d’un moment où Armand regarde Adolphe d’un air interrogateur pour faire signe à ce dernier de ne pas parler.)
Vous ne m’en dites jamais à moi, et pourtant si vous saviez comme je puis religieusement les garder, et avec quelle respectueuse reconnaissance je les accueille !
Mon Dieu, je veux bien vous le dire celui-là.
Quoi, petite cousine, vous me feriez cette faveur ?
Si je m’esquivais.
Figurez-vous que ce fou de parrain prétend que j’aime éperdument quelqu’un… Est-ce assez ridicule ? voyons, je vous prends à témoin…
Oui, mais tu ne dis pas tout !…
Parrain !… vous le faites exprès, je pense !
Dame ! puisque je ne suis bon qu’à semer la discorde, moi, je m’en vais. (Bas, à Armand.) Aboutis ! ou je te lâche.