La Recherche de l'absolu (1834), roman de La Comédie humaine qui appartient aux « Études philosophiques » consacrées par Balzac à l'exploration des passions dévorantes qui consument et détruisent leurs victimes, raconte l'histoire de Balthazar Claës, riche et respectable bourgeois flamand de Douai, dont l'existence bascule entièrement lorsqu'il se découvre une passion scientifique dévorante et obsessionnelle pour l'alchimie et la recherche chimique d'une hypothétique substance première et absolue capable, selon sa théorie, d'unifier tous les éléments chimiques connus. Balzac y développe une peinture implacable de l'obsession scientifique poussée jusqu'à l'autodestruction totale, Balthazar Claës sacrifiant méthodiquement et sans aucun remords apparent la fortune familiale considérable accumulée par ses ancêtres, le bonheur et l'avenir de ses propres enfants, puis la santé et finalement la vie de sa femme Joséphine qui se laisse littéralement mourir de chagrin devant l'indifférence croissante de son mari totalement absorbé par ses expériences ruineuses, tout cela au nom d'une quête scientifique dont la légitimité intellectuelle réelle reste d'ailleurs délibérément ambiguë chez Balzac, entre folie destructrice pure et authentique intuition scientifique en avance sur son temps que la postérité pourrait un jour valider. Ce roman, qui interroge avec une profondeur remarquable la frontière ténue entre génie visionnaire et folie destructrice à travers cette figure de savant obsessionnel prêt à tout sacrifier à sa quête intellectuelle, y compris sa propre famille, illustre parfaitement le projet des Études philosophiques balzaciennes consacrées aux passions qui consument leurs victimes de l'intérieur. Par sa peinture implacable de l'obsession scientifique autodestructrice, La Recherche de l'absolu compte parmi les œuvres les plus philosophiquement ambitieuses de La Comédie humaine. Ce roman, dont le personnage de Balthazar Claës doit beaucoup aux propres lectures alchimiques et ésotériques de Balzac lui-même passionné toute sa vie par les sciences occultes et le magnétisme animal, illustre la fascination personnelle de l'auteur pour les limites incertaines entre rigueur scientifique authentique et dérive obsessionnelle destructrice.