Sagesse (1880), recueil composé principalement pendant l'incarcération de Verlaine à la prison de Mons, où il purge sa peine pour avoir tiré au revolver sur Rimbaud à Bruxelles, retrace le cheminement spirituel du poète vers une conversion sincère et fervente au catholicisme, retrouvant dans la prière et la contemplation religieuse un apaisement et une paix intérieure qu'il n'était jusqu'alors jamais parvenu à atteindre à travers ses passions destructrices et son existence dissolue. Le recueil, organisé en trois parties qui retracent symboliquement un parcours de conversion, du remords et de la tentation jusqu'à la sérénité religieuse retrouvée, contient certains des poèmes les plus dépouillés et les plus intériorisés de toute l'œuvre verlainienne, où la musicalité caractéristique du poète se met désormais au service d'une ferveur spirituelle sincère plutôt que de l'exploration des états d'âme amoureux ou mélancoliques de ses recueils précédents. Verlaine y développe une poésie de l'humilité et du dépouillement, cherchant dans la simplicité de la foi retrouvée un contrepoint à l'agitation et aux excès de sa vie antérieure, tout en conservant intacte sa virtuosité formelle et sa sensibilité musicale exceptionnelle qui font tout le prix de ces poèmes de conversion. Bien que cette ferveur religieuse n'ait malheureusement pas empêché Verlaine de retomber par la suite dans l'alcoolisme et la précarité jusqu'à sa mort, ce recueil reste l'un des témoignages les plus sincères et les plus poétiquement accomplis de la spiritualité catholique dans la littérature française du XIXe siècle. Le manuscrit, remis en 1880 à la Société générale de librairie catholique qui l'imprime à cinq cents exemplaires aux frais de l'auteur, celui-ci devant même avancer six cents francs à son éditeur pour qu'il accepte la publication, marque le retour de Verlaine sur la scène littéraire après plus de sept années d'absence consécutives à son incarcération, et ouvre un triptyque religieux complété plus tard par Amour en 1888 puis Bonheur en 1891.