Scène TROISIÈME
Que je dois contracterBonjour, petit gamin.
Seigneur ! ma fiancée en ce logis étrange !
Vous y venez bien, vous !
Vous y venez bien, vousEn un instant tout change…
Ma future est en proie aux nœuds des étrangers !
Effeuillez-vous aux vents du nord, blancs orangers !…
Pourquoi me regarder ainsi, Paulin[6] ?… je t’aime !
Notre amour, approuvé par mon père lui-même,
Est noble et pur… Demain, tremblante entre vos bras,
Pignouflard, vous m’aurez… Oh ! dis ! tu m’apprendras
Les doux secrets qu’on livre à la vierge craintive ?…
Arrière !… Écoute-moi : le champ que l’on cultive
Ne se défriche plus !…
Ne se défriche plusMon Pignouflard ! pourquoi
Me repousser ainsi ? Ah ! viens auprès de moi…
Ne te souvient-il plus de nos jeunes années,
De nos projets d’enfance et de nos destinées
Jointes étroitement, marchant du même pas.
Ensemble, comme on voit défiler les soldats ?
J’aurais, pour mon malheur, aussi pu naître femme…
J’aurais pu, comme une autre, être vile, être infâme !
Courir le guilledou jusqu’au Coromandel !
Mais ne fusse jamais entrée en un bordel !…
Hélas ! ce que Dieu veut…
Hélas ! ce que Dieu veut…Oui, c’est une loi dure !
Mais je n’eusse jamais tenté cette aventure
Avant mon mariage… Après, je ne dis pas !
Car il faut à l’époux préparer ses repas…
Mais si je suis ici, c’est parce que je t’aime
D’un amour violent, inextinguible, extrême !
Un jour, il est prochain, tu me remercieras…
Une odeur de verveine est éparse en mes draps…
Baudelaire, qui veille au sommet de Leucate[7].
Me trouve faisandée à point et délicate…
Oh ! ne me jetez plus de ces regards affreux !
Vous êtes mon lion superbe et généreux !
Avoir dans un bordel perdu son pucelage !
Si du moins elle avait vu le jour au village !
Adieu ! je pars…
Adieu ! je pars…Tu pars ?…
Adieu ! je pars Tu parsÀ la façon d’un pet.
Sans me donner mes gants, peut-être ? quel toupet !
Il m’insulte, je crois ? Malhonnête !…
Il m’insulte, je crois ? MalhonnêteRegarde !
De l’encre de Guyot ?
De l’encre de GuyotNon : c’est l’eau que je garde,
Et qui lava le cul de cette enfant, le jour
Qu’on vint la préparer aux actes de l’amour.
Ô ténèbres ! ça pue étrangement… Il semble !…
Qu’on ai fait infuser deux Cochinats ensemble !…
Regarde maintenant cette autre… Eh bien !
Regarde maintenant cette autre… Eh bienElle est
Vide.
VideVide ! non pas, mais pleine, s’il vous plaît,
D’une eau pure et limpide à ce point, que l’on pense
Ne rien voir…
Ne rien voir…En effet.
Ne rien voir… En effetC’est là ma récompense !
Je me lave depuis huit jours avec cette eau…
Est-elle assez propre, hein ?
Est-elle assez propre, hein ?Les amours de Watteau
Y mirent leur visage où la rose foisonne !…
Diras-tu maintenant que mon cul empoisonne ?…
On ne se lave bien qu’au bordel ! Des ingrats
Peuvent seuls à ton con préférer un con gras !
Et tu méconnaissais mon cœur…
Et tu méconnaissais mon cœur…Ma tâche est douce.