Scène X
Ma fille ! mon gendre ! je veux les voir.
Monsieur, c’est madame votre belle-mère !… (Il gagne l’appartement d’Yvonne, parlant à Yvonne dans la coulisse) Madame, c’est madame Aigreville !
Ah ! mes enfants, mes enfants !
Maman, maman !
Hein ! qu’est-ce que c’est… une trombe ? (Ahuri.) Ma belle-mère !
Moi-même.
Ah ! que c’est bête de vous réveiller comme ça !
Ma fille… Mon gendre… Eh bien ! vous ne m’embrassez pas ?
Comment donc… j’allais vous le demander ; mais vous comprenez, la surprise, l’ahurissement quand on s’est endormi sans belle-mère… et qu’on en trouve une à son réveil !… il y a toujours un moment… Embrassez-moi, belle-maman… (Madame Aigreville lui passe ses bras autour du cou.) Oh ! mais ne me secouez pas trop… parce que quand on vient de dormir…
Vous venez de dormir ?
À peine…
Ca se voit… vous avez la figure d’un homme qui a trop dormi !…
Allons donc ?… Eh ! bien vrai, vous êtes physionomiste.
Ah ! mes enfants… mes enfants… que je suis heureuse de vous revoir.
Eh bien ! qu’est-ce qui vous prend ! (À part.) Elle a le retour mouillé, belle-maman !
Ne pleure pas, maman.
Je ne pleure pas…
Non, merci ! Elle pleut !
C’est l’émotion de vous revoir !… Ce cher Moulineaux, il a maigri, il a maigri… (À Yvonne.) Il est vrai que de ton côté, au contraire… Ah ! Moulineaux, le mariage a du bon !… Pourquoi êtes-vous en habit noir, vous allez à un enterrement ?
Oui ! c’est… c’est pour vous…
Hein !
Pour vous faire honneur !
C’est-à-dire que monsieur a veillé un de ses malades… un malade qui a une agonie chronique !
Voilà !
Vous êtes donc médecin de nuit, vous ?
Non… mais quand il y a des bals… (Se reprenant.) des balades… un médecin se doit à ses balades !…
Vous êtes enrhumé…
Un peu… oui…
Yvonne, tu ne fais pas de tisanes à ton mari ?
Mon mari n’a qu’à se faire soigner chez ses malades… dans ses consultations chorégraphiques !
Oh ! mais que tu es donc âcre avec ton mari !
N’est-ce pas qu’elle est câcre ! horriblement câcre !
Est-ce qu’il y aurait de la brouille ?
Non, mais il a des gens qui se lèvent mal !
Et d’autres qui ne se lèvent pas du tout !…
C’est pour moi, ça. Attrape !
Là, là, calmez-vous ! Ah ! pour empêcher la discorde entre époux, il n’y a qu’une belle-mère…
Oui, c’est un dérivatif.