Scène XVI
Ton mari !… Laisse-moi faire.
Allons ! j’espère que tout est au mieux, belle-maman lui aura fait entendre raison.
Moulineaux !
Mère de ma femme !
Je n’irai pas par quatre chemins. Connaissez-vous ce gant ?
Si je… ah bien ! ce que je l’ai cherché celui-là !
Pas touche ! à qui est-il ce gant ?
Hein… je… à qui ? (Avec aplomb.) À moi !
À vous ? de cette taille-là ?…
Euh !… c’est pour rapetisser la main, vous savez, en ramenant le pouce et en allongeant les doigts, comme ça, tenez !…
Allons donc ! c’est un gant de femme.
Ça a l’air… parce qu’il a été mouillé. Il a plu dessus, alors il a rétréci.
Et la longueur ?
Précisément, il a rétréci et allongé… C’est l’eau ! il a gagné en longueur ce qu’il a perdu en largeur, ça fait toujours cet effet-là. Ainsi vous, vous seriez mouillée…
Hein ! allons ! Voyons, c’est marqué… six et demi.
Neuf et demi, c’est l’eau qui a retourné le chiffre.
Moulineaux, vous me prenez pour une bête !
Non, pas tant ! pas tant !
Voulez-vous que je vous dise : vous êtes un mari abominable !… Vous vous conduisez comme un débauché !…
Moi ?
Oui, débauché !… Vous passez les nuits dehors, et l’on trouve des gants de femme dans votre poche !…
Puisque c’est l’humidité !
Ah ! Moulineaux, si vous trompiez ma fille… vous savez que vous auriez affaire à moi… !
Permettez !
Vous savez que vous êtes marié.
Oh ! elle m’ennuie.
Par conséquent, vous nous avez juré fidélité.
Permettez, pas à vous !
Vous savez que d’après le code, la femme doit suivre son mari ; par conséquent, nous vous suivrons !
Oh ! pardon, le code dit : « La femme » mais pas la belle-mère !
C’est qu’il n’y a pas pensé ! Gendre dénaturé, vous voudriez donc séparer une fille de sa mère ?
Eh ! allez au diable !
Hein !
Vous êtes là à m’asticoter !… Après tout… je suis maître de mes actes. Je n’ai de comptes à rendre à personne et vous me rompez la tête !
Moi, je… oh !
Oui, là, allez vous promener !
Et l’on dit que ce sont les belles-mères qui commencent ! Ah ! tenez, vous me feriez croire que je suis de trop dans cette maison !…
Ah ! il est certain que si vous devez être une cause de discorde…
C’est cela, vous me chassez !… vous me chassez de chez ma fille !
Moi !
C’est bien, vous n’aurez pas à me le répéter deux fois !…
Ah ! tenez, je… non… j’aime mieux me retirer. Cette femme-là, elle exaspérerait… le Président de la République !