Scène IV
Bonjour, messieurs, madame !
Une femme !
Qu’est-ce que c’est que celle-là ?
Madame Durand n’est pas là ?
Madame Durand ?… (Il regarde successivement Suzanne et Aubin, puis après un silence.) Non, elle n’est pas là, madame Durand !
Ah ! c’est que j’aurais voulu la voir pour ma facture.
La facture !… Quelle facture ?
La facture des toilettes que madame Durand m’a livrées.
Ah ! parfaitement, madame Durand… C’est la couturière !
Vous ne la connaissez donc pas ?…
Comment donc, si fait… si je la connais, cette bonne madame Durand… c’est mon associée ! (À part.) Bassinet aurait pu me dire qu’elle n’avait pas emmené sa clientèle… Ce sera gai, s’il en vient beaucoup comme ça !
Ah ! bien ! si vous êtes son associé… je puis m’adresser à vous… Je suis mademoiselle Pomponnette.
Il n’y a pas de mal à ça.
Je voudrais que vous me fissiez une diminution sur ma facture… Vous me comptez beaucoup trop cher !
Comment donc ? tant que vous voudrez ! (À part.) Pour ce que cela me coûte !… ça la fera filer.
Tenez, voyez… Trois cent quarante francs, c’est énorme pour la petite toilette que vous m’avez faite… Vous savez, la toilette en crêpe de chine ?
Parfaitement… En crêpe de chine… Je la vois… je la vois, votre chine.
C’est hors de prix.
Ça, c’est vrai, c’est hors de prix… du vulgaire crêpe… c’est indécent… Qu’est-ce que vous voulez que je vous diminue sur trois cent quarante francs ?
Je ne sais pas, mais il me semble que trois cents francs c’est suffisant.
Mais je crois bien… Alors nous disons que nous supprimons trois cents francs, reste quarante ; c’est bien ce que vous voulez ?
Comment ? mais vous vous trompez !
Mais non ! je suis rond en affaires, moi !…
Ah ! bien, je vous remercie… Je n’aurais jamais cru qu’on me diminuerait tant que ça…
Faut-il qu’ils soient voleurs tout de même tous ces gens-là, pour faire des rabais pareils !
Au revoir, monsieur, je reviendrai…
Ah ! non, non, c’est pas la peine !
Sapristi, une heure et demie !… Je m’en vais aussi… (À part.) Rosa m’attend, je n’ai que le temps. (Haut.) Je vous laisse ma femme, occupez-vous d’elle. Faites quelque chose de distingué ! et puis, moulez bien… Prenez-lui bien les hanches… la poitrine…
Hein ? comment, c’est lui qui…
Allons, au revoir !