Scène VII
Oui, c’est lui ! (Haut, changeant de ton et d’attitude.) Entrez, monsieur le marin.
Est-ce que… les gens du logis… ?
Ils vont rentrer.
Alors… (À part.) Qu’est-ce que c’est donc que ce petit-là ? Il est gentil ! (Haut.) Alors, il n’y a ici personne de malade ?
Personne.
Et comme ça tu gardes la maison, toi ?
Vous voyez, mon camarade !
Ah ! je suis ton camarade ? C’est drôle ! Tu demeures donc ici ?
Oui, par charité. Je ne suis pas du pays, je n’avais personne, ils m’ont pris chez eux.
Ils ont bien fait, les braves gens ! Je les reconnais là ! Et… alors, tu connais bien Francine ?
Oui.
Sais-tu si… ? Tu sais bien si elle est mariée ?
Elle ne l’est pas encore.
Pas encore ?… Il en est donc question ?
Oui.
Ah ! vingt dieux ! Avec qui ?
Je ne sais pas.
Tu sais pas, tu sais pas… Tu dois savoir.
On dit tant de choses !
Qu’est-ce qu’on dit ?
On dit que Francine avait un amoureux bien méchant, qui est parti.
Je sais ça ! Après ?
Après, elle l’a oublié.
Ah ! malheur ! elle en a pris un autre ?
Oui, un autre.
Qui donc celui-là ?
Tu veux savoir ?
Oui !
Eh bien, c’est moi !
Toi ? (Il éclate de rire.) Ah ! en v’là une bonne, par exemple ! Toi, un amoureux pour Francine !…
Ah ! maudite soit cette figure d’enfant !
Allons, allons ! s’il n’y a pas ici d’autre épouseur que toi… Ah ! voilà Francine, je veux lui parler. Va-t’en !
Et si je ne veux pas ?
Comment que tu dis ça ?…
Vous voulez me faire du mal !
Non, crains rien, ça serait lâche, de battre un enfant, et j’ai fini d’être mauvais ; mais faut t’en aller, mon garçon, ou je te mettrai en douceur à la porte.
Raillé, méprisé, faible et peureux ! Oh ! qui m’eût dit cela ? (Il sort.)