Scène X
Que fais-tu là, esprit fantasque ?
J’embrouille et j’amuse, je complique et j’éblouis. Je trace le rêve dans le cerveau de ma proie. C’est le livre où je peins ma fantaisie ; c’est le miroir, je suis l’image !
Dans quelle extase plonges-tu ce vieillard ?
J’obéis à des lois que les hommes ne peuvent deviner. C’est à eux de trouver leur perte ou leur salut dans mon caprice ; c’est à toi d’en tirer parti pour tes desseins.
C’est bien, mais hâte-toi.
Tu disais donc ?…
Que c’était sa mère.
Au lieutenant ?
Au pirate ! Vous n’écoutez donc pas ?
Si fait, va toujours ! (Il retombe dans l’extase.)
Pour lors… (Au Drac.) Où est-il, celui dont j’ai pris la ressemblance ?
Malgré moi, il vient. Abrége.
Et, comme je le menaçais de la pendre…
Qui, ma fille ?
Non, la vieille.
Ah ! oui ; il a payé rançon ?
C’est ça, vous y êtes ! (Au Drac.) À présent, quoi ?
Fais-toi promettre la fille, et va-t’en.
Ainsi l’affaire est bâclée, et, si Francine veut de moi…
Et pourquoi donc qu’elle n’en voudrait pas ? Attends ! je vas lui parler devant toi.
Serrez ça d’abord… Ça me fatigue à porter et faut pas que ça traîne. (On frappe à la porte d’en haut.)
N’ouvre pas ! c’est pas la peine qu’on sache… Et puis je ne prends rien en garde sans compter.
Comptez, comptez ! (Au Drac.) Partons ! (Il sort avec le Drac par le fond. Pendant qu’André compte l’argent, le vrai Bernard frappe encore à la porte d’en haut. André, absorbé, compte les paquets entre ses dents. Bernard entre.)