Scène X
Que les foudres du grand Jupiter te réduisent en cendres jusqu’aux moelles, damné sycophante ! Tu veux me laisser sans argent et sans domestiques ?
Tu te plains, ami de Plutus ? Remercie plutôt les dieux de voir que je me contente à si peu de frais ! Avancez ici, vous autres ! Lequel de vous veut servir sur les trirèmes de l’État ?
Pas moi, seigneur sycophante ! je crains horriblement la mer.
Tu me parais cependant le plus robuste des deux.
Comme les apparences sont trompeuses ! Je n’ai jamais eu la force de lever une demi-mesure de blé.
S’il n’est pas capable de ramer, on le fera grimper aux cordages.
Pour être le premier percé de flèches ? Merci ! je suis sujet au vertige. Je peux à peine monter sur un pommier pour manger un fruit. Je me laisserais tomber, et ce serait fait de moi !
N’as-tu pas de honte d’être si lâche ?
Reprochez à ma mère de m’avoir fait comme cela.
Ma mère m’a fait autrement. Elle était debout quand elle me mit au monde, et elle chantait l’hymne des guerriers. Emmenez-moi, et n’en cherchez pas d’autre ici.
Tu es bien jeune et bien mince ! N’importe, tu as la volonté qui fait qu’un homme en vaut deux.
Vous dites qu’il en vaut deux ? Alors, prenez-le et rendez-moi l’argent.
Tais-toi, ou je te fais intenter un procès qui te coûtera deux bourses et quatre hommes !
Ô le plus détestable des espions ! fais-moi savoir le jour où tu seras mangé par les chiens, afin que, ce jour-là, je donne une fête ! (Bas, à Carion.) Viens ! il nous faut vite cacher Plutus dans la cave ; autrement, nous serons la proie des harpies ! (il sort.)