Thérèse Raquin (1867), roman de jeunesse écrit avant même le cycle des Rougon-Macquart, raconte l'adultère puis le meurtre commis par Thérèse et son amant Laurent, qui noient le mari de Thérèse, Camille, lors d'une promenade en barque, afin de pouvoir vivre librement leur passion et se marier. Mais loin de leur apporter le bonheur espéré, ce crime impuni les enferme dans une culpabilité et une terreur croissantes : hantés par le souvenir du noyé, incapables de se toucher sans revivre la scène du meurtre, les deux amants sombrent dans une paranoïa réciproque qui détruit méthodiquement leur désir, leur confiance mutuelle et finalement leur raison, jusqu'au dénouement tragique où chacun tente d'empoisonner l'autre avant de se suicider ensemble sous le regard muet de la mère de Camille, paralysée, témoin impuissant de leur agonie. Zola présente lui-même ce roman, dans sa célèbre préface à la seconde édition où il répond aux accusations d'immoralité, comme une étude quasi clinique de tempéraments humains gouvernés par leurs nerfs et leur sang plutôt que par leur libre arbitre, manifeste avant l'heure de la méthode naturaliste qu'il développera ensuite dans tout le cycle des Rougon-Macquart. Par sa noirceur psychologique implacable et son atmosphère oppressante, Thérèse Raquin est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre précurseur du roman noir et l'une des études de la culpabilité les plus dérangeantes de la littérature française du XIXe siècle. Zola adapte lui-même son roman pour la scène sous la forme d'un drame en quatre actes, créé au Théâtre de la Renaissance le 11 juillet 1873, où le public reste selon les témoignages de l'époque saisi et haletant devant cette intrigue portée directement sur les planches avec la même noirceur clinique que le roman original. Cette double existence, romanesque puis théâtrale, du même sujet illustre la conviction constante de Zola que la méthode naturaliste pouvait s'appliquer indifféremment à tous les genres littéraires, du roman au théâtre en passant par la critique d'art et le journalisme.