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Scène UNIQUE

HUISSIERS, LE MARQUIS D’AVRY, LE BARON DU BRAIL, M. HERBELIER, MADAME HERBELIER, YVONNE, GILBERTE, JEANNINE, BAUDE-BOBY, MADAME VERDIER, MADAME DE LA SÉLINIÈRE, M. GAUDIN, LE MAIRE, Autres Invités, puis LE VICOMTE, LA BARONNE PÉPIN et BOUCHEROT.
PREMIER HUISSIER.

J’espère que la famille ne va pas tarder à arriver, elle est déjà pas mal en retard.

DEUXIÈME HUISSIER.

Monsieur le maire avait dit qu’on commencerait à l’heure juste ! Il est dans son bureau et commence à s’impatienter.

LE BARON DU BRAIL, regardant sa montre, au marquis d’Avry.

Et la marquise va bien ?

LE MARQUIS D’AVRY, même jeu.

Oui, merci, un peu gémissante, comme toujours ; Albi, je crois ne lui vaut rien… Et la baronne ?

LE BARON DU BRAIL.

Elle va fort bien, merci. Du diable si je m’attendais à vous rencontrer ici !

LE MARQUIS D’AVRY.

C’était pourtant facile à prévoir ; nous sommes les plus proches parents de Robert de Houdan, nous étions ses témoins de droit. Si je ne me trompe, vous êtes son petit cousin par sa mère, qui est une Triel-Beauvoisin.

LE BARON DU BRAIL.

C’est bien ça !

LE MARQUIS D’AVRY.

Et moi, c’est du côté de son père, qui était fils d’une Lachardelière, sœur et tante des deux Daunois, le marquis et le vicomte, dont l’un est mon cousin germain et l’autre mon demi-frère.

LE BARON DU BRAIL.

Je vois, je vois !

LE MARQUIS D’AVRY, continuant sur le même ton.

Et je suis encore lié par les Le Brisan, puisque Robert Le Brisan a épousé en secondes noces ma tante de Pomain, qui était la belle-sœur du comte de Rouilly et la nièce des Aulembert.

LE BARON DU BRAIL.

Parfaitement, parfaitement.

LE MARQUIS D’AVRY.

Je suis arrivé de ce matin, mon bon ; demain je me fais couper les cheveux et je repars après la cérémonie. Dites donc, du Brail, vous qui êtes d’ici, est-ce que vous les connaissez ces… Orbelier ? Comment faut-il dire ?

LE BARON DU BRAIL.

Herbelier. Vous ne lisez donc jamais les journaux ?

LE MARQUIS D’AVRY.

Jamais… mais… je suis abonné. Ça doit être un assez drôle de monde, ces gens-là…

LE BARON DU BRAIL.

Pas trop, on s’y fait. La jeune fille est charmante.

Ils passent au fond en regardant leurs montres.
MADAME DE LA SÉLINIÈRE, à la baronne du Brail.

Alors vous repartez demain ?

LA BARONNE DU BRAIL, très fort accent étranger.

Oui ! Paris né mé plaît pas dans cette moment-ci ! Il y a trop d’étrangers, nous ne sommes vraiment plus chez nous.

MADAME DE LA SÉLINIÈRE.
Le temps de voir votre couturier, et vous repartez ?
LA BARONNE DU BRAIL.

Oui ! Vous avez un joli chapeau…

MADAME DE LA SÉLINIÈRE, qui a un énorme chapeau.

Ce n’est pas positivement un chapeau de mariage, c’est un chapeau que j’avais fait faire pour aller au théâtre !

HERBELIER, à madame Herbelier.

Il me semble que Monsieur de Houdan est en retard.

MADAME HERBELIER.

Mais non, mais non ! C’est nous qui sommes en avance.

HERBELIER.

Pas du tout, il est l’heure passée !

GILBERTE, s’approchant d’Yvonne.

Eh bien ! Yvonne ? Tu es contente ?

YVONNE.

Je ne sais pas ! Il me semble que je suis une pauvre émigrante qui s’en va très loin de son pays. Tout le monde m’abandonne : papa, maman ! Je suis une pauvre esclave qu’on expédie ! Qu’est-ce que je vais devenir avec ce mari-là !…

GILBERTE.

Il t’aime peut-être ?

YVONNE.
Ne dis pas ça ! S’il devait m’aimer, je serais encore plus effrayée ! Ma seule consolation, c’est qu’il ne m’aime pas. J’espère qu’il me laissera bientôt seule !
MADAME HERBELIER.

Yvonne ! Je suis très inquiète, il y a une demi-heure que l’heure est passée, je me demande pourquoi ton fiancé n’est pas là.

YVONNE.

Tu m’as dit tout à l’heure qu’il se préparait à venir.

MADAME HERBELIER.

Oui, je l’ai vu tout à l’heure chez lui… C’est curieux tout de même que, dans une occasion comme celle-ci, il se mette en retard !

YVONNE.

Oh ! il viendra ! il viendra ! (À Gilberte.) Crois-tu qu’il serait possible qu’il ne vînt pas ?

GILBERTE.

Comment veux-tu !…

YVONNE.

Je ne sais pas, moi ? Évidemment ce serait désolant que ce fût à cause d’un accident grave… Mais un petit accident, une foulure…

GILBERTE.

Ça ne serait jamais qu’un ajournement.

YVONNE.

Un sursis ! Oh ! maintenant je me contenterais d’un sursis de huit jours.

PREMIER HUISSIER, entrant, à madame Herbelier.

Madame, monsieur le maire est arrivé depuis une demi-heure. Il m’a demandé déjà plusieurs fois si tout le monde était ici. Il est attendu chez ni à la campagne. Il a M. le Préfet de la Seine à dîner.

MADAME HERBELIER.

Le vicomte va venir tout de suite !

LE MARQUIS D’AVRY, s’approchant de madame Herbelier.

Il me semble, madame, que mon cousin est en retard ?

MADAME HERBELIER.

Je ne crois pas…

LE BARON DU BRAIL, à madame Herbelier.

Est-ce qu’il est arrivé quelque chose à Houdan ?

MADAME HERBELIER.

Mais non, mais non ! Il va venir…

LE BARON DU BRAIL.

Il est bel et bien cinq heures et demie.

MADAME HERBELIER.

Déjà ! (Minaudant.) Comme le temps passe ! (À Baude-Boby.) Ah ! monsieur Baude-Boby, le vicomte n’est pas encore arrivé… Où est donc la baronne Pépin ?

BAUDE-BOBY.

Elle doit être chez Houdan.

MADAME HERBELIER.

Si on téléphonait chez lui !…

BAUDE-BAUBY.

C’est inutile, son appareil est toujours décroché.

MADAME HERBELIER.
Je commence à être très inquiète, (À Yvonne.) Je suis très inquiète !
YVONNE.

Oh ! il viendra ! va ! il viendra !

HERBELIER, à madame Herbelier.

Je savais par expérience que le vicomte fuyait les réunions mondaines, mais tout de même pas à ce point-là !

MADAME HERBELIER, vexée.

Comme tu as de l’esprit !

HERBELIER.

Je vais fumer un cigare.

Il sort par la porte de droite. Yvonne le suit.
MADAME GAUDIN, à madame Verdier.

Il est déjà cinq heures trois quarts.

MADAME VERDIER.

Au moins ! Ça va devenir un mariage aux lanternes. Moi qui ai rendez-vous dans un quart d’heure chez mon dentiste.

BICHAL.

Et moi qui ai quitté ma partie de tennis au boulevard Lannes ! et j’ai une faim !

MADAME GAUDIN.

Soyez tranquille. Il y a un lunch superbe préparé chez les Herbelier.

BICHAL.

Ce lunch est en train de devenir un dîner.

ANDRÉE.
J’ai une faim !
JEANNINE.

Je n’en peux plus ! Moi qui croyais goûter à cinq heures.

UNE PARENTE DE PROVINCE.

Et j’ai même très peu déjeuné en prévision de ça.

BICHAL.

Je vais chercher quelque chose à manger dans le quartier ; si je ne trouve pas de gâteaux, je prendrai des croissants.

ANDRÉE.

C’est ça !

JEANNINE.

Rapportez-en beaucoup !

LA PARENTE DE PROVINCE.

Si vous pouviez trouver n’importe quoi chez un charcutier, un pâté de veau froid.

JEANNINE.

Des rillettes !

Bichal sort par le fond.
LE PREMIER HUISSIER, à madame Herbelier.

Madame, M. le maire voudrait vous parler !

LE MAIRE, paraissant à droite, à madame Herbelier.

Madame, je suis désolé, mais je vais être forcé de m’en aller. J’ai un train à prendre à cinq heures cinquante-six.

MADAME HERBELIER.
Monsieur le maire, encore cinq minutes de grâce ! Je vous jure que le vicomte va arriver !
LE MAIRE, grincheux.

C’est très désagréable, madame ! C’est vous même qui avez fixé l’heure, j’ai pris mes dispositions en conséquence… J’ai le Préfet de la Seine à dîner à la campagne.

MADAME HERBELIER.

Je vous en prie, monsieur !

LE MAIRE.

Que voulez-vous, ce sera pour un autre jour !

MADAME HERBELIER, éperdue.

M. le maire, il y a trois mille invitations demain pour la cérémonie religieuse !

LE MAIRE.

Croyez, madame, que j’y ai mis la meilleure volonté possible… Il sera moins le quart dans quatre minutes, et je serai forcé… forcé… croyez que… absolument forcé.

Il sort.
MADAME GAUDIN, à madame Herbelier.

Vous paraissez agitée ? C’est l’émotion !

MADAME HERBELIER.

Madame, il nous arrive quelque chose d’effrayant : le vicomte est très en retard et le maire va être obligé de s’en aller… Ne le dites à personne, je vous en prie !

Elle s’éloigne.
MADAME GAUDIN.

Soyez tranquille… (À une dame qui passe près d’elle.) Ah ! ma chère, madame Herbelier est très ennuyée, le fiancé n’arrive pas et le maire veut s’en aller !

LA DAME.

Est-ce possible ?

MADAME GAUDIN.

Je vous en prie, n’en parlez à qui que ce soit.

LA DAME.

Ma chère ! soyez tranquille ! (À madame Verdier.) Savez-vous ce qui arrive, n’en parlez pas, chère amie : le vicomte est très en retard et le maire vient de partir !

MADAME VERDIER.

C’est terrible ! Ça va faire un scandale épouvantable…

Elle va communiquer la nouvelle à d’autres personnes.
PREMIER HUISSIER, entrant.

Madame, M. le maire s’en va.

MADAME HERBELIER.

Je n’ose plus le retenir, (À madame Gaudin.) Je ne sais plus quoi faire !

MADAME GAUDIN.

Le vicomte va peut-être arriver…

MADAME HERBELIER.

Mais le maire sera parti ! (Regardant l’assistance.) Oh ! Mon Dieu, tous ces gens qui sont là ! Ils devraient bien s’impatienter et s’en aller.

MADAME GAUDIN.
Ils ne s’en iront pas, vous savez… Il y en a qui mangent là-bas !
MADAME HERBELIER.

Ils mangent !

MADAME GAUDIN.

Il faut leur faire un speech !

MADAME HERBELIER.

Jamais de la vie !

MADAME GAUDIN, montrant le jeune Galichet qui parait au fond, les poches bourrées de provisions.

Voici encore M. Galichet qui arrive avec des victuailles ! Ils savent maintenant où s’approvisionner, ils attendront jusqu’à dix heures du soir.

PREMIER HUISSIER, entrant.

Madame, M. le maire vient de passer par le bureau de bienfaisance pour donner des signatures et il doit être parti ; il faut un peu songer à vous en aller d’ici avec toutes ces personnes.

MADAME HERBELIER.

Monsieur, je vous en prie, laissez-nous encore ici, vous ne vous en repentirez pas !

PREMIER HUISSIER.

Tous les bureaux ferment à cette heure-ci. Il faut que nous fermions aussi cette salle.

MADAME GAUDIN, à madame Herbelier.

Il faut absolument parler à tout ce monde.

MADAME HERBELIER.

Qu’est-ce que je vais leur dire ?

MADAME GAUDIN.

Je vais leur parler, moi ! Je vais très bien arranger ça, vous verrez ! Je vais leur parler de circonstances imprévues… que vous êtes obligée d’ajourner vos projets… que d’ailleurs ce n’était pas absolument décidé.

MADAME HERBELIER.

Vous n’allez pas leur dire ça !

MADAME GAUDIN.

Soyez tranquille, j’amènerai ça de loin.

MADAME HERBELIER.

Qu’est-ce que vous voulez, je ne sais plus, moi ?… Je me fie à vous.

MADAME GAUDIN.

C’est ça.

Elle monte sur l’estrade derrière la table du maire.
MADAME HERBELIER, très bas.

Mon Dieu ! Mon Dieu !

MADAME GAUDIN.

Mesdames, Messieurs ! (Personne ne bouge, on continue à causer en mangeant des petits gâteaux. Elle tape sur le bureau. Les assistants se retournent peu à peu.) Mesdames, messieurs… Un événement imprévu !… (Bas à madame Herbelier.) Ils mangent tous… (Haut.) Ce n’est que partie remise… Enfin… Vous êtes libres.

Tout le monde se regarde effaré et personne ne bouge.
MADAME HERBELIER, à madame Gaudin.

Ils ne s’en vont toujours pas… (Un silence.) Mais qu’est-ce qu’ils ont donc à rester là comme ça !… (Un silence.) Ils n’ont donc rien à faire chez eux,

ces gens-là !… Nous ne pouvons pourtant pas partir avant eux !
MADAME GAUDIN.

Personne n’ose commencer, encouragez-les.

MADAME HERBELIER.

Comment ?

MADAME GAUDIN.

Allez vous mettre près de la porte.

MADAME HERBELIER.

Vous croyez ?

MADAME GAUDIN.

Oui. Je vais sortir la première en vous serrant la main, ça fera partir les autres.

MADAME HERBELIER.

Bien !

Elle va se placer près de la porte au fond en affectant un air très aimable.

MADAME GAUDIN

Allons ! ma chère amie ! Il se fait tard !

Elle commence à marcher vers la porte. Les invités se mettent instinctivement sur deux files et passent l’un après l’autre devant madame Herbelier en lui serrant la main.

UNE DAME, embrassant madame Herbelier.

Je vous aime bien !

DU BRAIL, au marquis, tout deux marchant vers le fond.

Vous n’avez qu’à aller au Grand Hôtel, vous trouverez des autos de location tant que vous en voudrez.

Bruit de voix au dehors. Un temps… La baronne Pépin parait, l’air ravi.
LA BARONNE.

Le voilà ! Le yoilà !… Nous sommes en retard !

Le vicomte parait à la porte du fond, revêtu du grand pardessus de Boucherot et de pantoufles rouges. Il s’arrête un moment interdit, puis il descend jusqu’à l’ayant-scène. Il a l’air absolument ahuri. Brouhaha général ; l’assistance considère le vicomte avec stupeur.

BOUCHEROT, en petit veston s’approchant du vicomte et tâchant de ne pas être vu.

Mon mouchoir… Dans la poche.

Le vicomte tire un mouchoir de la poche du pardessus et le lui donne.
LA BARONNE, à Baude-Boby.

J’étais enfermée chez lui. Boucherot m’a délivrée. Il était couché, nous l’avons fait lever, nous lui avons mis le paletot de Boucherot… Il est en pyjama ! (Se retournant et voyant le marquis.) Le Marquis d’Avry !

LE MARQUIS D’AVRY.

Qu’est-ce qui arrive ?

LA BARONNE.

Rien que de très ordinaire, un petit retard.

LE MARQUIS D’AVRY, regardant le vicomte de la tête aux pieds.

Est-ce qu’il a mal aux pieds !

LA BARONNE.

Mais non !…

LE MARQUIS D’AVRY.

Ces chaussures ?

LA BARONNE.
Ce sont des chaussures… rouges.
LE MARQUIS D’AVRY.

Je vois !… J’arrive du fond de ma province : j’ai bien entendu dire qu’on se mariait en jaquette, mais je ne savais pas encore qu’on allât jusqu’à une tenue aussi négligée.

LA BARONNE.

Oui, à la mairie… C’est exprès… C’est pour bien marquer qu’il n’y a que le sacrement religieux qui compte… Vous verrez comme il sera habillé demain à Saint-Pierre de-Chaillot.

M. Herbelier et Yvonne rentrent par la droite.
PREMIER HUISSIER, entrant, à madame Herbelier.

Voici M. le maire, j’ai réussi à le rattraper comme il montait en voiture !… (Le maire entre.) M. le maire !

LE MAIRE, à madame Herbelier.

Madame, je vous fais un gros sacrifice, j’ai le préfet de la Seine à dîner et j’arriverai chez moi à dix heures du soir. Allons, dépêchons, mon code… vite… vite.

PREMIER HUISSIER.

Mesdames et Messieurs, asseyez-vous. (Chacun prend sa place. Le vioomte seul reste debout, paraissant insensible à ce qui se passe autour de lui. Au vicomte : ) Monsieur, veuillez prendre place.

Le vicomte se bouge pas.
LE MAIRE.

Où est le marié ? (Au vicomte.) Où est le marié ?

Le vicomte ne répond rien.
LA BARONNE, au maire, montrant le vicomte de la main.

Le voilà !

LE MAIRE, examinant le vicomte. Bas à la baronne.

Il est en pantoufles ? (Au vicomte.) Vous êtes en pantoufles !

LA BARONNE, au maire.

Oui… C’est-à-dire… Ce ne sont pas précisément des pantoufles…

PREMIER HUISSIER, au vicomte.

Veuillez vous asseoir, Monsieur.

Il lui désigne le fauteuil à côté d’Yvonne. Le vicomte s’y assied machinalement.
LE MAIRE, rapidement, après avoir regardé sa montre.

Avant de poser les questions d’usage conformément à la loi, je vais vous donner lecture des articles du code relatifs au mariage… « Livre 1er, chapitre VI, article 212 : Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance. »

LA BARONNE, avec sentiment.

Et amour !

Le maire lui sourit poliment.
LE MAIRE, continuant, même jeu.

« Article 213 : Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. »

LA BARONNE, regardant les fiancés.

Quel joli couple !

Le maire s’arrête un instant et la regarde… Elle lui fait signe de continuer.
LE MAIRE.

« Article 214 : La femme est obligée d’habiter avec son mari, et de le suivre partout où il juge à propos de résider. Le mari est obligé de la recevoir et de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie selon ses facultés et son état. »

LA BARONNE, se retournant vers Boucherot qui est assis sur une des banquettes du fond.

Vous n’avez pas froid, M. Boucherot !

BOUCHEROT.

J’ai la fièvre !

LA BARONNE

C’est long, tous ces préliminaires, (Au maire.) C’est long.

Elle lui fait signe de se hâter.
PREMIER HUISSIER.

Messieurs et dames, levez vous !

On se lève.
LE MAIRE.

M. Léopold-Julien-Johannis Herbelier, consentez-vous au mariage de votre fille Yvonne-Léonie-Marie Herbelier avec M. Robert-Hercule-Roland de Houdan ?

HERBELIER, avec calme.

Oui, M. le maire !

LE MAIRE.

Madame Eugénie-Céleste Herbelier, consentez-vous au mariage de votre fille Yvonne-Léonie-Marie Herbelier avec Robert-Hercule Roland de Houdan ?

MADAME HERBELIER, avec un sanglot.

Oui, M. le maire !

LE MAIRE.

Robert-Hercule-Roland de Houdan, consentez-vous à prendre en mariage mademoiselle Yvonne-Léonie-Marie Herbelier, ici présente ?

Le vicomte reste immobile.
LA BARONNE, à voix basse, le poussant.

Oui ! Oui ! Oui ! (Plus haut, au maire.) Oui ! Oui ! Il a dit oui, M. le maire !

LE MAIRE.

Madame, je vous en prie !… Robert-Hercule-Roland de Houdan, consentez-vous à prendre pour femme Yvonne-Léonie-Marie Herbelier ?

LE VICOMTE, se retournant, à la baronne qui le secoue.

Vous m’ennuyez ! (Au maire, avec effort.) M. le maire excusez-moi… Il m’est impossible de répondre « oui » pour le moment.

LE MAIRE, furieux.

C’est vraiment inconcevable ! ma complaisance a des bornes… Il faut en finir : est-ce oui ou non ? Hein ?… (Le vicomte ne bouge pas.) Eh bien ! Vous reviendrez quand vous serez décidé.

LE VICOMTE.

Bien, M. le maire !

Stupéfaction générale, tumulte.
LE MAIRE, à madame Herbelier.

Vous comprendrez, Madame, que je me retire… Les affaires de ce genre sont des plus regrettables !

MADAME HERBELIER.

Voyons ! M. le maire !

LE MARQUIS D’AVRY, au vicomte qui s’est dirigé vers la gauche.

Et vous-m’avez fait venir d’Albi pour être témoin de cela !

Le vicomte le regarde et ne répond rien.
MADAME HERBELIER, retenant le maire, qui essaie de gagner la porte.

Monsieur le maire !

LE MAIRE.

Non, madame, non, ceci passe les bornes.

LA BARONNE, au maire.

Posez-lui la question encore une petite fois.

LE MAIRE.

Non, Mesdames, je m’en vais. (Pendant ce colloque, le vicomte a gagné la gauche, il aperçoit une porte entr’ouverte, regarde s’il n’est pas vu et s’esquive discrètement.) Est-il bien décidé à répondre ?

LA BARONNE.

Oui, oui, il est décidé !… (À l’assistance.) Assis ! Assis ! (Tout le monde se rassoit. À Boucherot.) J’ai eu peur !

LE MAIRE, regardant le fauteuil du Vicomte.

Où est-il ?

Tout le monde se lève et s’agite, on cherche dans tous les coins.
UN DES INVITÉS.
Il est parti par ici !
UNE DAME, à la fenêtre du fond.

Il traverse la rue en courant !

BAUDE-BOBY, ouvrant la fenêtre.

Il s’arrête ! (Criant.) Triplepatte ! Triplepatte !

LA BARONNE.

Ne l’appelez pas ! Ne l’appelez pas !

BAUDE-BOBY.

Le voilà reparti plus vite.

BOUCHEROT.

C’est parce que vous l’avez appelé !

LA BARONNE.

Il ne fallait pas le rappeler.

LE MAIRE.

Allons-nous-en !

Il sort avec l’huissier.
LA BARONNE, furieuse, à Boucherot.

Pourquoi l’avez-vous laissé échapper ?

BOUCHEROT.

Je… je regardais le maire.

LA BARONNE, l’imitant.

Je… je regardais le maire !… Est-ce que vous étiez ici pour regarder le maire !

YVONNE, au premier plan, à Gilberte.

Oh ! Je suis contente ! Je suis contente !

LA BARONNE, à Yvonne.

Ne pleurez pas ! J’en ai un autre !


Rideau.