Un Pèlerin d'Angkor (1912) relate le voyage personnel que Pierre Loti effectue au Cambodge pour visiter les ruines monumentales du temple d'Angkor Vat, alors récemment redécouvertes et restaurées par les archéologues français dans la jungle cambodgienne, et dont la beauté grandiose et mystérieuse impressionne profondément l'écrivain déjà âgé, habitué pourtant à parcourir le monde entier au fil de sa longue carrière de marin et d'écrivain voyageur. Loti y développe une méditation empreinte de gravité et de nostalgie sur la grandeur passée de la civilisation khmère qui a édifié ces temples somptueux, aujourd'hui envahis par la végétation tropicale et rendus à la nature après des siècles d'abandon, réflexion mélancolique sur la fugacité de toutes les civilisations humaines, aussi grandioses fussent-elles à leur apogée, thème récurrent dans l'œuvre tardive de l'écrivain vieillissant conscient de sa propre finitude. Ce récit de voyage, empreint d'une spiritualité contemplative et d'un sens aigu du sacré face à ces vestiges archéologiques impressionnants, illustre l'évolution de l'écriture de Loti vers une tonalité plus méditative et moins purement descriptive ou sensuelle que ses œuvres de jeunesse, la contemplation des ruines d'Angkor devenant l'occasion d'une véritable réflexion existentielle sur le temps, la mort des civilisations et la petitesse de l'existence humaine individuelle face à ces vestiges millénaires. Par sa méditation grave sur la grandeur et la fragilité des civilisations, ce récit de voyage tardif offre un témoignage précieux sur l'évolution spirituelle de Pierre Loti vieillissant face à l'une des plus grandes merveilles archéologiques d'Asie. Loti effectue ce voyage au Cambodge en 1901, alors qu'il commande un navire de guerre stationné en Extrême-Orient, mais n'en tire ce récit publié qu'en 1912, plus de dix ans après son passage, laissant mûrir longuement ses impressions avant de les livrer sous forme littéraire dans les dernières années de sa carrière d'écrivain voyageur. Cette longue maturation entre le voyage et l'écriture témoigne de la manière dont Loti laissait décanter ses impressions les plus fortes avant de leur donner une forme littéraire définitive.