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Classiquesen Ligne

Dousogo. — Nialé. — Sérékéné

Lundi 15 mai. — Entre Guiri et Sérékéné, les goïn sont encore assez communs. J’ai vu aussi quelques sabas, coundani, codoudou, bili.

Le cobi est très commun au bord des marigots ; ses fruits sont mûrs et souvent sur l’arbre. Les fruits de bembé sont mûrs également. Ils sont formés d’une petite baie gluante avec un gros noyau à l’intérieur, à peau verdâtre d’un côté et rouge noirâtre de l’autre, avant la maturité du fruit. Mes porteurs en cueillent des bouquets le long de la route et en mangent les fruits.

Le village de Dousogo est à 6 kilomètres de Guiri. J’y remarque un pied de manioc, quelques beaux bananiers et des patates. Chaque Soukala est entourée de bosquets de rôniers exploités pour le vin de palme. Les ntés sont communs au bord du marigot ; ils ne paraissent pas avoir été soignés. La plupart des rôniers souffrent de l’exploitation.

De Dousogo à Sérékéné, il faut franchir plusieurs montées assez raides. Les plateaux ferrugineux réapparaissent et occupent de grandes étendues. L’horizon est toujours bordé de tous côtés par des croupes élevées. Près de la dernière soukala de Dousogo, je remarque une touffe de l’Euphorbe cactiforme, des environs de Kankan. Après avoir dépassé Dousogo de 1 kilomètre environ, je trouve un grand plateau sablonneux, cultivé en partie en lougan, tout émaillé de la Muscinée décrite plus loin, et qui est en fleurs. Le sable est jonché de Méloé.

A Nialé, je suis bien accueilli. Les notables du village viennent me saluer. Ils appartiennent à un fort beau type et sont bien taillés. Ils ont, de plus, l’air fort intelligent à l’encontre des habitants de Guéri et de Sérékéné. D’ailleurs ils ne semblent pas appartenir à la même tribu. Les cases bambaras dominent. Pendant le palabre, j’observe un bilacao qui a pris un margouillet et lui lie les pattes pour le faire griller et le manger. Dans presque tout le Soudan, ces lézards sont ainsi mangés par les enfants. Le fils du griot vient nous accompagner jusqu’à Sérékéné.

Il faut encore franchir plusieurs montées avant d’arriver. Nous traversons notamment un plateau étendu, formé par une argile jaune dure. Ce n’est que sur un massif qui la dépasse un peu, que je retrouve les roches ferrugineuses (exploitées à Nialé pour l’usage des forgerons).

A 1 kilomètre de Sérékéné, je passe un petit marigot à chutes d’eau. Le village de Sérékéné est assez grand et les soukalasy sont agglomérées. Il est noyé dans une véritable forêt de sibis. Ces arbres très beaux et rapprochés les uns des autres donnent au village un aspect pittoresque. Le gouégui est activement exploité. On retire le vin des feuilles non encore épanouies. Pour atteindre à la cime de l’arbre, on se sert d’échelles formées de deux longs rachis de ban écartés de 15 à 20 centimètres et liés de 30 en 30 centimètres avec des lanières de Raphia en guise d’échelons ; ces échelles sont appliquées contre les palmiers à saigner. D’autres, présentent de distance en distance des billettes enfoncées dans le tronc normalement à son axe et permettant d’y grimper jusqu’au haut.

Pour retirer la sève, on pratique, au milieu du rachis d’une vieille feuille, une incision profonde, de manière à atteindre le cœur de l’arbre. Le liquide s’écoule par un tube de bambou qui vient faire saillie au dehors. Une courte calebasse est liée autour de l’arbre pour recueillir le liquide. On la recouvre souvent, en partie, pour empêcher l’évaporation.

Le village est entouré de beaux banans, de baobabs et de finzans. On trouve aussi, cultivés autour du village, de beaux Strophantus jaunes (koumarou). Quelques-uns ont le tronc cendré ; il atteint la grosseur de la cuisse. Ces arbres sont encore en fleurs. J’aperçois dans le village quelques beaux bananiers sans régimes et des citronniers portant des fruits assez gros, exquis. Les forgerons possèdent des hauts-fourneaux et des forges importants. Toutes les cases du village sont carrées, couvertes de seco (terre) et un peu au-dessous du niveau du sol. Pour y pénétrer, il faut passer par un trou un peu surélevé au-dessus du sol et tout juste suffisant pour qu’une personne puisse entrer. Les habitants sont indolents (quoique leurs lougans soient importants) et presque tous abrutis. Ils parlent une langue qui n’est ni le bambara ni le senoufo et mes hommes les comprennent difficilement. Le chef du village et son fils, sans autres vêtements qu’une étroite ceinture, sont tellement abrutis qu’une de leurs moussos est obligée de venir leur expliquer ce que je veux. Ces populations appartiennent à la famille des Tousans (différente des Tourcas ou Touroucas).

Il existe là un usage dont je n’ai encore trouvé trace nulle part. Lorsqu’une femme est restée un an mariée sans concevoir, elle va dans la brousse chercher des bambous. Si elle enfante dans l’année qui suit (ce qui arrive presque toujours) elle installe auprès de sa case un petit autel formé par quatre piquets fourchus, hauts de 1 mètre environ, fichés en terre, en carré de 70 centimètres de côté environ. Sur ces piquets, elle dispose des branchages et notamment des rameaux feuilles de bouré. Tout cela est pour remercier Dieu d’avoir exaucé son vœu. Ces autels encombrent les alentours de toutes les cases. Je suis obligé d’en démolir plusieurs pour installer mon lit, au grand scandale de tout le monde et spécialement de mon tirailleur, persuadé qu’il arrive malheur « quand on dérange grigri appartenant à d’autres. » Sous ces autels, il existe ordinairement un petit monticule sur lequel sont fichées des plumes. On a sacrifié un coq blanc.

Il a fait très chaud toute la journée ; aussi, suis-je obligé de coucher dehors. Le soir, il fait beaucoup de vent, ce qui produit, par le frôlement des feuilles des rôniers entre elles, un bruit remarquable de ferrailles.