Fô
9 juin. — Le campement de Koundougou est situé à côté du village, sous un gros banan. Dans une anfractuosité, du côté du nord, je trouve deux mousses fructifiées. Des cotonniers très beaux, à feuilles très velues, à fleurs jaunes, sont cultivés. Une grande partie du coton n’a pas été récoltée. Les soies ont environ 20 mm et sont très blanches. En soumettant ces cotonniers à une taille réglée, on obtiendrait d’excellents résultats. Les pieds actuels ont 1 m. 50 de haut et sont très rameux.
Le sol est riche en humus ; le sous-sol est ferrugineux. Une grande partie des terrains situés entre le massif montagneux de Fô et la Volta conviendrait très bien à la culture du coton (sauf les plateaux pierreux ou les cuvettes comblées avec des argiles). Il existe, sur la route de Koundougou à Dandée, des lieux boisés très riches en humus, inondés en partie au moment des pluies, où on obtiendra des résultats assurés. Le tabac à feuilles crépues est également très beau dans ces terrains. La récolte est faite en ce moment. Les troncs coupés ont encore 1 m. 50 de haut. La montagne commence à six kilomètres environ du passage difficile sur la gauche. Les lougans sont remplis de karités dont on récolte maintenant les fruits. Les fruits de torogoué sont aussi récoltés. Le sol est jonché de fruits de kounan. On ne les ramasse pas. Les beaux kounans ont un tronc de 1 à 2 mètres de circonférence, une hauteur de 15 mètres ; l’écorce est cendrée, peu fendue. C’est un arbre à port élevé, d’une belle ampleur. L’Orchidée appelée foulougou près de Bobo-Dioulasso est commune dans les lieux herbeux non brûlés. L’aloès est également commun. Les pousses en végétation sont placées latéralement par rapport à la vieille tige desséchée.
Le massif montagneux de cette région est orienté du Sud au Nord, puis il dévie vers l’Est et se dirige ensuite de nouveau vers le Nord, formant deux collines espacées de 100 à 1.000 mètres, entre lesquelles est situé le chemin. La charpente du massif est formée de blocs éboulés et de roches en place constituées par des grès à grain assez fin, sans galets, ordinairement teintés de rouge, à surface plus ou moins corrodée par les eaux. Tout à fait au pied, on trouve de petits cailloutis issus de ces grès de quartz blanc laiteux ou teinté, ou blanc avec veinules noires. On trouve, au-dessus du grès compact, des grès plus tendres, alternant avec des lits peu épais de schistes gris ou blanchâtres facilement décomposables. Au-dessus de ces alternances, se trouvent les grès ayant la plus grande importance comme puissance. Ils sont, la plupart, rosés avec de gros grains de quartz et offrent des galets de diverses roches (notamment de grès rouge inférieur et de quartz). Ces galets sont ordinairement ovoïdes, bien roulés, de taille variable (d’une petite noisette à la grosseur de la tête). Des lits plus importants et placés presque horizontalement, alternent avec ce grès proprement dit ; ces lits sont alors d’une épaisseur de 50 centimètres à 1 mètre et formés de gros galets blanchâtres (quartz) et très corrodés. Des blocs énormes de cette dernière roche se sont détachés et éboulés. Le sentier qu’on suit pour arriver à Fô est lui-même taillé dans ce grès tendre. Sur la droite et la gauche, de puissantes murailles attestent toute la force énorme qu’il a fallu pour que les eaux se creusent ce passage à l’époque quaternaire, car il n’y a point de marigot, maintenant. Le poudingue supérieur de Fô est l’analogue du terrain constituant les roches de Sindou. Je serais tenté de considérer cette roche comme formée à l’époque quaternaire et produite aux dépens du grès inférieur rouge. Il y aurait eu ainsi, en quelque sorte, nivellement de véritables massifs montagneux constitués par ces grès primaires, le poudingue se serait formé en même temps que se constituaient ailleurs, aux dépens de roches différentes, les plateaux ferrugineux dont on ne trouve pas de trace ici. Ce qui me porte à faire cette supposition, c’est que j’ai vu, par places, les poudingues chevauchant sur les grès et schistes, alternant et formant, à la manière de la roche ferrugineuse, de véritables coulées.
Les poudingues quaternaires de Fô (comme ceux de Sindou) ont subi ensuite et subissent encore une action destructive interne sous l’action des pluies et des tornades. Aussi la puissance de ce terrain, qui atteint jusqu’à 50 mètres de haut par endroits, est loin de son état primitif. Tout le vallon est semé de gros blocs qui ont roulé du haut ou qui, plus durs que les masses environnantes, ont mieux résisté à l’action des pluies. Tout ce terrain est malheureusement sans fossiles. La goïn (Landolphia Heudelotii) est assez commune, mais bien moins abondante que sur la même roche à Sindou. En somme, la goïn n’a pas de préférences pour le sol ferrugineux.
Le chef du village de Fô me dit que la poponi est commune aux alentours, mais qu’on n’a pas l’habitude d’en récolter le caoutchouc. Cependant, les quelques troncs que j’ai vus sont entièrement criblés d’incisions mal faites. Il y a peu de fruits dans ces lianes et ils ne sont pas mûrs. Le saba (Landolphia senegalensis) est plus commun ; il a les fleurs glabres. Dans la brousse, ses fruits commencent à mûrir. Depuis trois jours, j’en rencontre des fruits dont l’intérieur a été mangé par les caravanes de passage. Mes porteurs eux-mêmes, à chaque pose, s’empressent de grimper aux arbres où se montrent les tobis. En mangeant tous les fruits de la brousse (même le kounan dont le noyau est énorme), le noir en avale la totalité sauf la peau. Les autres fruits vus à Fô sont : la petite prune jaune (Ximenia americana L.) et le fruit gluant pour le dolo.
Sur les roches croît l’Euphorbe habituelle maintenant couverte de feuilles, et une autre Euphorbiacée vue ici pour la première fois. Il y a encore, dans cette région, quelques beaux finzans, des baobabs jeunes, d’autres assez âgés, déjà couverts de fleurs et de jeunes fruits et offrant en même temps des boutons non épanouis et même peu avancés.
Je viens de faire une excursion dans la montagne environnante après la tornade survenue vers 4 heures. En escaladant les terrains formant parfois de véritables balcons ou des escaliers tournant autour de ces rocs, on parvient à leur sommet. On aperçoit, à une grande distance, le cirque de ces rocs. L’aspect en est plutôt tourmenté. On voit, de toutes parts, de vastes espaces gris absolument dénudés qui sont parfois des tables de pierres, ravinées, creusées d’anfractuosités, de fentes vives, de blocs, derniers survivants des rocs qui ont surmonté ces tables. Çà et là, des rochers subsistent encore et ont pris, sous l’action des eaux, des aspects extrêmement variés. Ce sont tantôt d’énormes prismes couronnés parfois de verdure, d’autres fois des pyramides noirâtres comme toute la roche (recouverte de croûtes de lichens), surmontées d’une masse blanche qui est un bloc de quartz plus dur qui a résisté davantage à l’action des eaux. D’autres fois, ce sont de longues murailles crénelées ou festonnées comme à Sindou, puis encore de grands espaces désolés où il n’y a rien comme végétation, mais où sont creusées, parfois, des cuvettes très peu profondes où l’eau s’accumule après les tornades. Ces rochers sont souvent creusés de grottes assez vastes, autrefois habitées si l’on en juge par les débris de charbons encore en place et par la richesse en humus de l’entrée de ces grottes qui aujourd’hui servent seulement de repaires à d’énormes chauves-souris.
La partie du village tournée vers le nord est longée par un bas-fonds qui sépare le village des rochers. Ce bas-fond est très riche en alluvions, aussi le terrain est-il partagé entre tous les habitants et cultivé par eux en jardin. Ces lopins de terre se touchent tous et sont sépares par des fossés profonds. Ces jardins sont en outre souvent limités par des palissades en tiges de mil. Ils ont quelquefois plus d’un are d’étendue. On y cultive des piments : gon, ngoyo, soso, etc. des plants de mil et de mais. Ils sont assez bien entretenus, et purgés des Cypéracées qui ne manquent pas de s’y développer si on les abandonne sans soins.