CHAPITRE VII
Service des postes et des diligences en 1790, 1810 et 1850. Comparaison des moyens de transport à la disposition des voyageurs, sous les rapports de la fréquence des départs, du nombre de places offertes et de la durée du voyage, par les diligences et les chemins de fer, en 1790, 1810, 1850 et 1888.
es renseignements que nous donnons dans ce chapitre sur les transports
des lettres et des personnes sont extraits en partie des almanachs
officiels de Lyon en 1790 et 1810.
service des postes en 1790
En 1790, le bureau général des postes était dans la rue Saint-Dominique, M. Tabareau était directeur.
Pour Paris, par le Bourbonnais, les villes sur la ligne et l'Auvergne, les départs avaient lieu les mardi, jeudi et samedi.
Pour Paris, par la Bourgogne et les villes sur la ligne, l'Alsace et la haute Allemagne, les départs avaient lieu les lundi, mercredi et vendredi.
Le dimanche, il n'y avait pas de départ.
Pour le Dauphiné et la Provence, tous les jours excepté le mercredi.
Pour la Gascogne et le Béarn, les mardi, vendredi et dimanche.
Pour le Forez, tous les jours excepté le mercredi.
Pour Genève et la Suisse, mardi, jeudi, vendredi et dimanche.
Pour Milan, Savoie et Piémont, mardi et vendredi.
Pour Gênes, la Toscane, Rome, Naples et la Sicile, le vendredi.
On invitait le public à mettre ses lettres à la poste la veille du jour du départ, pour éviter la remise au départ suivant.
Il y avait six boîtes dans la ville où l'on faisait la levée tous les jours à 7 heures du matin. À la boîte de la rue Saint-Dominique, la levée se faisait une fois par jour à 11 heures du matin.
Quant à l'arrivée, on ne fixait point de date; elle dépendait du temps et de la saison.
On voit dans les lettres du président de Brosses, de 1739, que les lettres de France pour Rome avaient quelquefois neuf jours de retard, parce que le courrier, qui était payé pour suivre la route de la Corniche, s'embarquait par économie sur une felouque qui arrivait quand le vent était favorable.
diligences pour paris en 1790
Le bureau général des diligences et coches de Lyon pour Paris, par les routes de Bourgogne et du Bourbonnais, était situé au Port-Neuville.
Les diligences d'eau de Lyon à Châlon partent régulièrement cinq fois par semaine. Les dimanche, lundi, mercredi, jeudi, vendredi à 5 heures du matin et arrivent en deux jours à Châlon.
De Châlon, il part une diligence pour Paris, à huit places, qui fait la route en trois jours.
Lorsque la Saône n'est pas navigable, les diligences partent directement de Lyon.
carrosses pour paris par le bourbonnais
Les carrosses de Lyon pour Paris, par le Bourbonnais, partent régulièrement le jeudi de chaque semaine et font la route en dix jours (on couchait en route probablement).
Ces mêmes carrosses correspondent avec celui de Roanne pour Clermont.
diligences de lyon a avignon, Marseille, Nîmes et le Languedoc en 1790
Les carrosses partent de Lyon deux fois la semaine, mercredi et samedi à 4 heures du matin, et mettent quatre jours et demi de Lyon à Avignon.
Les hardes des voyageurs ainsi que les marchandises doivent être portées au bureau la veille du départ avant 5 heures du soir.
Le lendemain de leur arrivée d'autres carrosses partent d'Avignon pour Marseille, Montpellier et Toulouse.
De cette façon, les personnes et les marchandises sont rendues à Marseille et à Montpellier le septième jour, sauf les retards causés par des cas extraordinaires, comme les rivières débordantes, etc.
Les dits carrosses ont quatre places, on n'a rien épargné pour qu'ils soient propres et commodes, on les a suspendus en berline pour qu'ils soient excessivement doux.
Il y avait aussi des coches sur le bas Rhône.
Les diligences d'eau, à la descente, vont en deux jours en été et deux jours et demi en hiver de Lyon à Avignon, à moins de temps contraire.
Les hardes des voyageurs doivent être portées la veille.
coches d'eau sur le haut rhône de lyon à seyssel en 1790
Un coche part tous les lundis et met sept jours de Lyon à Seyssel, on embarque les voyageurs dans une chambre particulière.
On charge, par ce coche, des marchandises pour la Savoie, la Suisse et l'Allemagne.
carrosses pour genève en 1790
Les carrosses partent de Lyon le vendredi à 4 heures du matin, font la route en trois jours quand il fait beau, par Montluel, Meximieux, Saint-Jean-le-Vieux, Nantua et Châtillon-de-Michaille, Collonge et Saint-Genis.
Ils repartent de Genève le mardi.
messageries générales du comté de bourgogne en 1790
Le fermier des carrosses et messageries du comté de Bourgogne et des routes de Lyon à Strasbourg, passant par Besançon, a des carrosses pour conduire les voyageurs et les marchandises.
Les carrosses de Lyon partent les mardi et samedi, et se rendent en dix jours à Strasbourg et cinq jours à Besançon quand le temps le permet.
Outre les carrosses, il a des chaises de poste qu'il fournira tous les jours de la semaine en avertissant une demi-journée d'avance.
messageries royales du forez en 1790
Carrosses de Lyon à Saint-Etienne, trois fois par semaine, six places.
Carrosses de Lyon au Puy, une fois par semaine.
Carrosses de Lyon à Roanne, une fois par semaine.
SERVICE DES POSTES
en 1810
Bureau général des postes, rue Saint-Dominique, directeur, M. Monicault.
Pour Paris, par le Bourbonnais, Limoges et Bordeaux, les départs ont lieu les dimanche, mardi, jeudi et samedi.
Pour Paris, par la Bourgogne, les lundi, mercredi, vendredi.
Pour Grenoble, Gap, Turin, Milan, tous les jours.
Pour Marseille et route, tous les jours.
Pour Nîmes et Montpellier, tous les jours excepté le jeudi.
Pour Narbonne et Toulouse, dimanche, mardi et vendredi.
Pour Strasbourg, Bâle, Allemagne, lundi, mercredi, vendredi.
Pour Rome, Naples et la Sicile, lundi et vendredi.
Pour l'Espagne et le Portugal, dimanche, mardi, vendredi.
Dans les quatre boîtes de la place Saint-Jean, de la rue des Augustins, du corridor de la Comédie et de la place de la Fromagerie, la levée des lettres se fait une fois par jour, à 11 heures du matin.
Dans celle de la rue Saint-Dominique, à une heure du soir.
La lettre simple était taxée à 30 cent. pour 100 kilomètres, 40 cent. pour 200 kilomètres, 50 cent. pour 300 kilomètres, 60 cent. pour 400 kilomètres, 70 cent. pour 500 kilomètres, etc.
On payait ce prix-là pour Paris encore en 1840, etc., avec augmentation pour le poids et la distance.
Le public était prévenu que l'on ne pouvait recevoir aucune lettre pour l'Angleterre ou pour les pays occupés par les Anglais (par suite du blocus continental).
SERVICE DES DILIGENCES
en 1810
entreprise des messageries
À Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires, À Lyon, quai Saint-Benoît.
Il part tous les jours de Lyon et de Paris une diligence à six places d'intérieur et deux de cabriolet passant par la Bourgogne et faisant le trajet en cent heures.
À Lyon, de la place des Terreaux, maison Antonio, côté des cafés.
Il part tous les jours de Lyon et de Paris une diligence à six places d'intérieur et deux de cabriolet passant par le Bourbonnais, faisant le trajet en cent heures.
Le trajet de Lyon à Châlon-sur-Saône et retour se fait également tous les jours dans une diligence d'eau très propre, dans laquelle les voyageurs pour Paris ont leur chambre particulière: sauf le cas où la navigation de la Saône est interrompue.
établissement de mm. gaillard frères en 1810
Quai Saint-Clair, maison basse des coches (aujourd'hui nº 11).
Les voitures qui partent de cet établissement desservent la route de Lyon à Genève, le trajet se fait en vingt-quatre ou vingt-six heures.
Les départs ont lieu régulièrement de deux jours l'un.
Voitures à huit places (comme pour Paris probablement).
Messieurs Gaillard frères ont aussi une voiture pour Strasbourg qui part tous les deux jours; avec correspondance sur toute la ligne.
MM. Allard et Cie ont des voitures de Lyon à Genève, qui font le même service en concurrence aussi de deux jours l'un (cette entreprise n'a pas duré longtemps).
entreprise des coches du bas rhône et messageries du midi, de mm. richard, galline et cie en 1810
Quai Saint-Antoine.
La messagerie part tous les jours à minuit pendant neuf mois de l'année et à 5 heures du matin pendant les trois mois d'hiver.
Fait le trajet en deux jours en été et trois jours en hiver jusqu'à Avignon et quatre jours jusqu'à Marseille.
Six places dans l'intérieur et deux au cabriolet.
coches du bas rhône en 1810
Ils partent les lundi, mercredi et vendredi au point du jour, font le trajet de Lyon à Avignon en deux ou trois jours.
On y embarque les voitures et chevaux des voyageurs et les marchandises; en temps de foire, ils vont jusqu'à Beaucaire.
entreprise descours et récamier en 1810
Place des Célestins.
Il part tous les jours de Lyon, à 7 heures du matin une voiture qui arrive à Saint-Etienne à 5 heures du soir.
Tous les jours il en part une autre de Saint-Etienne pour Montbrison et tous les deux jours une autre pour le Puy.
AMÉLIORATION ET TRANSFORMATION
du service, de 1830 à 1852
Sous la Restauration, les routes furent améliorées; cependant en 1830 les choses avaient peu changé; il y avait cependant quelques progrès.
Les routes étant meilleures on avait fait des voitures plus grandes; les deux diligences qui partaient tous les jours pour Paris pouvaient contenir dix-huit voyageurs chacune, trois dans le coupé, six dans l'intérieur, six dans la rotonde et trois sur l'impériale.
Le trajet se faisait assez régulièrement en trois jours et trois nuits dans la belle saison de Lyon à Paris.
Pour Genève on ne mettait plus que dix-huit heures.
Pendant plus de vingt ans les choses restèrent à peu près dans cet état.
L'invention des bateaux à vapeur apporta cependant une amélioration dans le trajet de Lyon à Châlon et dans celui de Lyon à Avignon à la descente seulement.
C'est en 1852 que l'ouverture complète du chemin de Paris à Lyon transforma radicalement les moyens de communication entre ces deux villes.
Pour Marseille, ce fut en 1857 et pour Genève en 1858.
Il faut avoir fait le voyage de Paris dans les anciennes diligences pour comprendre les avantages des chemins de fer. Il est impossible d'expliquer à ceux qui ne l'ont pas éprouvé, le supplice de rester trois jours et trois nuits et quelquefois quatre, dans une espèce de boîte où l'on était condamné à une immobilité complète, d'où l'on ne pouvait sortir que deux fois par jour, pour le déjeuner et le dîner, côte à côte avec des voyageurs inconnus, quelquefois aimables, il est vrai, mais le plus souvent le contraire, ou du moins indifférents.
Combien de fois m'est-il arrivé de n'avoir pas de place ailleurs que dans la rotonde particulièrement fréquentée par les nourrices; je ne peux pas dire combien j'ai souffert dans mon voyage de Marseille à Lyon, en 1835, où nous étouffions, suffoqués par la chaleur et la poussière.
Les personnes qui pouvaient se le permettre avaient la malle de poste qui abrégeait le voyage de moitié et coûtait le double. Par la malle, on partait de Lyon à une heure du soir et l'on arrivait à Paris le surlendemain matin.
À l'époque où j'allais aux Écoles, je partais seul, je savais d'avance le jour de mon départ, je pouvais presque toujours prendre la malle, j'ai fait ainsi plus de vingt fois le trajet de Lyon à Paris ou de Paris à Lyon.
C'était relativement une manière agréable de voyager à cause de la rapidité de la marche, la commodité des voitures et la société qu'on y rencontrait.
Mais de toutes les manières de voyager, la seule alors qui fût agréable et véritablement commode, c'était la chaise de poste ou plutôt la grande berline ou la grande calèche conduite à quatre chevaux avec deux postillons et avant-courrier, comme voyageaient autrefois les princes et le conseil d'administration du chemin de fer de Genève, lorsqu'il venait inspecter les travaux de ses ingénieurs.
C'était une manière de voyager bien préférable au train ordinaire des chemins de fer. Il n'y a que les trains de luxe, où l'on a toutes ses aises, qui puissent les remplacer avec avantage.
Espérons pour les futures générations que, peu à peu, ce qu'on appelle aujourd'hui des trains de luxe finiront par devenir les trains ordinaires; de cette manière, on évitera beaucoup des inconvénients des voyages actuels où les voyageurs sont traités un peu trop comme sur les anciens bateaux à vapeur du Rhône, où ils étaient classés dans la catégorie des colis qui se transbordaient tous seuls et qui avaient ainsi l'avantage de ne pas être sujets aux avaries dont l'Administration était responsable.
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TABLEAU RÉSUMÉ COMPARATIF
à différentes époques,
des moyens de transport pour les voyageurs dans la direction
de lyon à paris, marseille et genève,
sous les rapports de la fréquence des départs,
du nombre de places offertes au public
et de la durée des voyages par les diligences et les chemins
de fer.
| LYON À PARIS ET ROUTE | ||||
| 1790 | 1810 | 1850 | 1888 | |
| Départs et arrivées. | 6 jours par semaine | Tous les jours | Tous les jours | 12 trains par jours |
| (1 départ). | (1 départ). | (2 départs). | dans chaque sens. | |
| Nombre moyen de places par jour dans chaque sens. | 7 places. | 16 places. | 44 places. | Plus de 4,000. |
| Durée minima du voyage. | 7 jours. | 4 jours. | 3 jours. | 8 à 16 heures. |
| ou 175 heures. | ou 100 heures. | ou 75 heures. | ||
| LYON À MARSEILLE ET ROUTE | ||||
| 1790 | 1810 | 1850 | 1888 | |
| Départs et arrivées. | 2 jours par semaine | Tous les jours | Tous les jours | 10 trains par jours |
| (1 départ). | (1 départ). | (1 départ). | dans chaque sens. | |
| Nombre moyen de places par jour dans chaque sens. | 2 places. | 8 places. | 22 places. | Plus de 1,000. |
| Durée minima du voyage. | 7 jours. | 4 jours. | 3 jours. | 6 à 11 heures. |
| ou 175 heures. | ou 100 heures. | ou 75 heures. | ||
| LYON À GENÈVE ET ROUTE | ||||
| 1790 | 1810 | 1850 | 1888 | |
| Départs et arrivées. | 2 jours par semaine | Tous les jours | Tous les jours | 7 trains par jours |
| (1 départ). | (1 départ). | (1 départ). | dans chaque sens. | |
| Nombre moyen de places par jour dans chaque sens. | 2 places. | 4 places. | 16 places. | Plus de 2,000. |
| Durée minima du voyage. | 3 jours. | 26 heures. | 18 heures. | 4 à 5 heures. |
| ou 75 heures. | ||||
notes sur le tableau précédent
En 1790, on ne voyageait pas la nuit, on couchait dans les auberges et l'on partait de très grand matin.
En 1790, 1810 et 1850, on compte les voitures de Paris par la Bourgogne et le Bourbonnais.
En 1888, pour la direction de Paris on ne compte que les voyageurs par la Bourgogne.
On n'a pas tenu compte des voyageurs par les coches du Rhône et de la Saône avant les bateaux à vapeur; non plus que des voyageurs par bateaux à vapeur entre Lyon, Avignon et Châlon, de 1830 à 1850.