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Classiquesen Ligne

WERTHER ET TOM JONES,

TRADUITS PAR M. LE COMTE DE LA BÉDOYÈRE[1].




M. le comte de la Bédoyère, qui prenait tant de plaisir à s’entourer des livres des autres, n’a pas laissé d’en composer lui-même, et il n’a pas moins bien servi les lettres par ce qu’il a produit que par ce qu’il a conservé. Ses écrits, il est vrai, sont jusqu’à ce jour peu connus ; mais qu’on n’attribue pas cette obscurité à leur peu de mérite : elle n’a d’autre cause que l’extrême modestie de l’auteur. M. de la Bédoyère ne craignait point, il est vrai, de livrer ses manuscrits à l’imprimeur ; il surveillait même avec sollicitude ces enfants de sa pensée, jusqu’à ce qu’ils fussent devenus de beaux volumes dignes de l’homme de goût qui les avait produits ; mais il ne souffrait point qu’ils se répandissent au dehors ; il redoutait ces violentes émotions que la célébrité traîne toujours à sa suite ; ces fatigues, ces déceptions, qui empoisonnent communément la vie des gens de lettres. Il retint toujours ses livres et mit tout son soin à les préserver de l’attention publique, obéissant ainsi, aux dépens de sa gloire, à une timidité excessive. Mais cette austère tutelle est maintenant révoquée, ses livres vont affronter le jugement du public, et nous ne pouvons douter qu’il ne leur soit favorable.

Leurs noms du moins sont déjà connus du lecteur : l’un se nomme Werther, cette œuvre de la jeunesse de Goethe, ce cri de désespoir contre une société sans croyance, sans idéal, sans vie ; l’autre, Tom Jones, cet ouvrage de la famille impérissable des Don Quichotte et des Gil Blas, ce chef-d’œuvre de toutes les littératures, cette reproduction si admirable de la vie humaine. M. le comte de la Bédoyère a traduit ces deux beaux livres, et, grâce à la souplesse de son talent, il a su rendre tour à tour la passion brûlante de Goethe et le charmant badinage de Fielding.