La comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine (1799-1874), fille d'un gouverneur général de Moscou russe exilé en France après la chute de Napoléon, ne commence à écrire qu'à l'âge de cinquante-huit ans passés, à la demande de ses propres petits-enfants pour lesquels elle invente d'abord oralement des histoires, avant de devenir en quelques années l'une des autrices de littérature enfantine les plus populaires et les plus durablement lues de toute la littérature française, publiée par la maison Hachette dans sa célèbre collection rose destinée à la jeunesse. Mariée à un comte français après avoir fui la Russie natale dans son enfance suite à l'incendie de Moscou pendant l'invasion napoléonienne, la comtesse de Ségur installe définitivement en France une existence familiale nombreuse qui nourrit directement l'inspiration de ses romans pour enfants, peuplés de personnages enfantins malicieux ou espiègles, à l'image de la célèbre Sophie des Malheurs de Sophie, directement inspirée de sa propre petite-fille et de ses propres souvenirs d'enfance turbulente. Ses romans, qui allient un ton pédagogique moralisateur typique de son époque à un humour et une tendresse pour l'enfance qui dépassent largement le simple didactisme, connaissent un succès immédiat et durable qui ne s'est jamais démenti depuis, faisant de la comtesse de Ségur l'une des autrices les plus rééditées et les plus universellement connues de toute la littérature enfantine francophone, lue par des générations successives d'enfants depuis plus d'un siècle et demi. Par l'invention d'un ton à la fois moralisateur et tendre pour la littérature enfantine, encore largement pratiqué aujourd'hui, la comtesse de Ségur demeure une figure fondatrice incontournable de la littérature jeunesse française.