Lautréamont
Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont (1846-1870), né à Montevideo d'un père consul de France en Uruguay, meurt à Paris à seulement vingt-quatre ans, dans des circonstances restées mystérieuses, laissant derrière lui une œuvre unique, publiée à compte d'auteur et presque totalement ignorée de son vivant : Les Chants de Maldoror. Ce long poème en prose, découpé en six chants, met en scène Maldoror, figure de révolte absolue contre Dieu, la morale et l'humanité tout entière, à travers une succession d'images d'une violence et d'une inventivité verbale stupéfiantes, mêlant blasphème, cruauté délibérément outrée et un humour noir vertigineux. La formule la plus célèbre du texte, « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie », deviendra, près de soixante ans plus tard, l'une des définitions fondatrices de l'image surréaliste selon André Breton, qui exhume Lautréamont de l'oubli dans les années 1920 et en fait l'un des maîtres révérés du mouvement, aux côtés de Rimbaud. Texte sans équivalent dans la littérature française du XIXe siècle, à la fois romantique noir poussé à l'extrême et prophétique des avant-gardes du XXe siècle, Les Chants de Maldoror reste une œuvre culte, aussi fascinante que difficile d'accès.