aurélia
Condamné par celle que j’aimais, coupable d’une faute dont je n’espérais plus le pardon, il ne me restait qu’à me jeter dans les enivrements vulgaires ; j’affectai la joie et l’insouciance, je courus le monde, follement épris de la variété et du caprice : j’aimais surtout les costumes et les mœurs bizarres des populations lointaines, il me semblait que je déplaçais ainsi les conditions du bien et du mal ; les termes, pour ainsi dire, de ce qui est sentiment pour nous autres Français. — Quelle folie, me disais-je, d’aimer ainsi d’un amour platonique une femme qui ne vous aime plus ! Ceci est la faute de mes lectures : j’ai pris au sérieux les inventions des poètes, et je me suis fait une Laure ou une Béatrix d’une personne ordinaire de notre siècle… — Passons à d’autres intrigues et celle-là sera vite oubliée. — L’étourdissement d’un joyeux carnaval dans une ville d’Italie chassa toutes mes idées mélancoliques. J’étais si heureux du soulagement que j’éprouvais, que je faisais part de ma joie à tous mes amis, et, dans mes lettres, je leur donnais pour l’état constant de mon esprit ce qui n’était que surexcitation fiévreuse.
- ↑ Sept était le nombre de la famille de Noé ; mais l’un des sept se rattachait mystérieusement aux générations antérieures des Éloïm !…
… L’imagination, comme un éclair, me représenta les dieux multiples de l’Inde comme des images de la famille pour ainsi dire primitivement concentrée. Je frémis d’aller plus loin, car dans la Trinité réside encore un mystère redoutable… Nous sommes nés sous la loi biblique… - ↑ Cela faisait allusion, pour moi, au coup que j’avais reçu dans ma chute.
- ↑ Lacune laissée par Gérard de Nerval. N. d. É.
- ↑ Lacune laissée par Nerval. N. d. É.
- ↑ Lacune laissée par Nerval. N. d. É.
- ↑ Que j’ai pleuré en relisant quelques passages de cette lettre ; c’est ma condamnation que j’écrivais d’avance.
Peut-on outrager ce qu’on aime ?Peut-on chercher à le fâcher ?C’est bien en vouloir à soi-même.