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Classiquesen Ligne

Des Indiens convertis au christianisme.

La population indienne soumise au christianisme s’élève à 3,304,742 âmes. A l’époque de la conquête, elle était fort inférieure à ce chiffre. Elle était divisée en grandes peuplades qui se gouvernaient elles-mêmes, et qui parlaient chacune un idiome différent. Ces idiomes paraissent dériver du tagaloc, lequel a lui-même une certaine analogie avec la langue malaise.

Les noms de ces diverses peuplades et leurs idiomes se sont conservés; ils ont servi aux Espagnols dans la division de l’archipel en provinces.

En commençant par le nord de Luçon, on trouve les provinces de Cagayan, habitées par les Cagayanès, qui ont une langue particulière;

En descendant vers le sud, les provinces d’Ilocos, qui ont aussi un idiome particulier, l’ilocano;

Celles de Pangasinan et de Panpanga, où l’on parle le panpango;

Les provinces de Zembales, Nueva-Exija, Bulacan, Tondoc, la Laguna, Tayabas et Batangas, habitées par les Tagalocs, qui parlent la langue tagale;

En allant toujours vers le sud, les provinces de Camarinès, Albay, et tout le groupe des îles que l’on nomme Bisayas, où l’on parle le bisayo.

Les habitants de ces diverses provinces, dont la langue varie, présentent aussi une différence marquée dans leur type et leur physionomie. Doit-on attribuer cette différence à la variété des races? ou n’est-ce pas des hommes de même origine qui, sous l’influence du climat et des habitudes, auraient subi un changement dans leurs formes et leurs couleurs primitives?

Quoi qu’il en soit, il est un fait certain, c’est que de toute cette diversité d’hommes, Cagayanès, Ilocanos, Panpangos, Tagalocs et Bisayos, aucune n’est originaire des Philippines.

Il est probable qu’elles sont un mélange d’hommes de différentes nations, que des circonstances fortuites ont amenés dans une partie de l’archipel.

Que l’on jette un coup d’œil sur la carte, et l’on verra les Philippines entourées, d’un côté, par le Japon, la Chine, la Cochinchine, Siam, Sumatra, Bornéo, Java, les Célèbes, et, de l’autre côté, par toutes les îles dont est semé l’océan Pacifique.

On peut supposer, de ce voisinage, que les premiers conquérants, établis dans cet archipel contre la volonté des Ajetas, véritables aborigènes dont je parlerai bientôt, auront eu des relations, soit par le commerce, soit par des naufrages, avec les divers peuples qui les environnaient, et avec les Ajetas eux-mêmes. De ces relations il est sans doute résulté un si grand mélange de races, que les types primitifs se sont presque entièrement effacés.

A l’appui de cette opinion, je puis citer un fait dont j’ai déjà parlé: mon curé de Jala-Jala, le père Miguel, naturel de la province de Tayabas, connaissait exactement l’origine de sa famille; il descendait du mariage d’un Japonais avec une femme tagaloc, et on remarquait chez lui tous les traits japonais.

Cependant le type malais est le plus généralement répandu, et celui qui est demeuré le plus apparent.

Il est probable que les Malais furent les premiers qui occupèrent les côtes de l’archipel des Philippines, et qu’à ceux-ci se mêlèrent successivement quelques Ajetas, des Japonais, des Chinois, et des habitants si variés de la Polynésie.

Les Indiens soumis aux Espagnols diffèrent fort peu, dans leurs coutumes et leur caractère, des Tagalocs que j’ai décrits et fait connaître.