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Classiquesen Ligne

Récolte.

La récolte de la canne se fait, aux Philippines, depuis janvier jusqu’à la fin de mai, époque des grandes chaleurs. Si cette récolte peut se terminer en deux mois, il serait préférable de la commencer dans le mois de mars, pour la terminer vers la mi-mai. C’est pendant ces deux mois que la canne produit un jus plus riche et plus chargé de sucre; c’est aussi l’époque où les pluies ne sont pas à craindre. Mais lorsque l’on a une grande plantation, et pas de moyens en bras et en machines pour la terminer en deux mois, c’est en janvier qu’il faut commencer, pour la terminer à la fin de mai, époque où commencent les grandes pluies.

Les ouvriers sont divisés en quatre escouades: deux pour le champ; une de coupeurs, l’autre de charretiers ou conducteurs de la canne à l’usine.

Pour l’usine, deux escouades: celle qui s’occupe de moudre la canne, et celle qui cuit le sucre.

Récolter avec économie dépend d’un bon moulin et de la distribution que l’on fait des ouvriers. Le moulin est l’âme du travail, c’est de sa bonne direction que dépend le bon emploi des ouvriers et l’utile concours de leur temps.

Si le moulin marche bien, avec de bons ouvriers bien choisis, ceux qui cuisent n’ont pas un instant à perdre, car ils sont obligés de cuire tout le jus que le moulin leur envoie. Si le moulin moud beaucoup de cannes, les coupeurs sont obligés d’accélérer leur travail, et ceux qui les transportent, de les conduire rapidement. C’est donc une précaution essentielle que d’avoir un bon moulin, et de bons ouvriers pour le conduire.

Deux jours avant de commencer à moudre, on fait couper autant de cannes que possible, que l’on fait transporter au moulin. Cette précaution est pour avoir à l’avance une provision, et être à l’abri de l’inconvénient de voir le moulin manquer d’aliment; car dans ce cas tout le travail est arrêté, et une partie des ouvriers reste inoccupée.

On doit recommander aux coupeurs de couper la canne aussi bas que possible, c’est-à-dire au ras de la terre; car toute la partie que l’on laisserait au-dessus de la terre serait autant de perdu, et un embarras pour la culture.

Je n’entrerai dans aucun détail sur la cuisson du sucre. Depuis quelques années on a apporté de si grandes améliorations dans les appareils pour la cuisson, qu’il serait impossible, dans une simple relation, de décrire ces nouveaux appareils et la manière de s’en servir.

Aux Philippines, la dernière amélioration qui a été faite a été de copier ce que l’on faisait, et peut-être ce que l’on fait encore, à Bourbon.

C’est une batterie composée ordinairement de cinq ou six chaudières qui vont en diminuant de dimension, depuis la première où se fait la défécation, jusqu’à celle de cuisson. Chaque opération ne dure que quarante-cinq minutes; c’est-à-dire que, dès l’instant que la batterie est bien en train, chaque quarante-cinq minutes on retire ce qui a été déféqué, à peu près 135 à 150 livres de sucre. Ce qui est seul difficile, c’est la défécation et le point de cuisson; la pratique seule peut apprendre lorsqu’on a mis une assez grande quantité de chaux pour que le jus soit bien déféqué, et la pratique seule aussi peut apprendre lorsque le sucre est cuit à point.

Explication des figures.

Fig. A. Charrue indienne.

Elle est extrêmement simple; elle se compose de quatre morceaux de bois (1, 2, 3, 4) que le laboureur le plus maladroit peut confectionner lui-même; d’une oreille, et d’un soc en fonte (5 et 6) qui, aux Philippines, se vend 2 fr. 50 c.

La légèreté et la simplicité de cette charrue en facilite l’emploi pour toute espèce de culture; et dans les plantations divisées par lignes, comme celles des tabacs, maïs, cannes à sucre, etc., on s’en sert avec avantage, non-seulement pour le sarclage, mais aussi pour donner, entre chaque rang, un labour qui profite à la plantation, et qui est moins coûteux et moins long qu’un simple sarclage à la pioche.

Fig. B. Joug pour l’attelage du buffle.

Fig. C. Guiligan, espèce de moulin à bras pour séparer le riz de son enveloppe.

1 et 2 représentent deux cônes tronqués, faits avec des bambous tressés en forme de panier. Chaque cône est séparé, vers le milieu, par une cloison aussi en bambou; et le vide du côté du sommet est rempli d’argile bien battue. Dans cette argile sont enfoncées de petites planchettes en bois de palmier, de la largeur du doigt, d’une épaisseur d’un centimètre et d’une longueur de dix; elles sont placées de manière à se toucher presque, et par rayons représentant une meule qui vient d’être nouvellement piquée. Ces deux cônes ainsi préparés sont superposés par leur sommet: le supérieur, au moyen d’une manivelle, tourne sur l’inférieur, et le riz, qui passe entre les deux meules, est légèrement broyé, et n’a plus besoin que de quelques coups de pilon pour être parfaitement décortiqué et d’un beau blanc.

Fig. D. Luçon, mortier en bois, dont l’île de Luçon tire son nom, parce qu’il se trouve dans toutes les cases indiennes pour piler journellement le riz.

Fig. E. Lilit, ou faucille indienne.

Avec le croc on saisit le riz qui, réuni dans l’angle, facilite d’en prendre une bonne poignée de la main gauche; on pousse alors le croc en avant, en faisant faire un petit mouvement à la main, qui le dégage, et, par le même mouvement, la lame d’acier se trouve appliquée contre la paille; on tire vers soi, et toute la poignée que l’on tenait de la main gauche est coupée d’un seul coup.

Fig. F. Peigne, instrument qui sert, après un premier labour à la charrue, à réduire la terre en boue et à niveler le terrain:

1 représente un morceau de bois rond que tient des deux mains le laboureur.

2. Long morceau de fer armé de fortes et longues dents.

Les traits où le buffle est attelé sont figurés aux deux extrémités de ce fer.

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