Calligrammes (1918), second grand recueil de Guillaume Apollinaire publié quelques mois seulement avant sa mort prématurée, poursuit et radicalise l'expérimentation formelle déjà entamée dans Alcools en développant le procédé du calligramme proprement dit, poème dont la disposition typographique dessine visuellement sur la page la forme même de son sujet, une pluie de traits verticaux pour évoquer la pluie qui tombe, un cœur ou une colombe pour un poème d'amour, fusion inédite entre poésie et arts visuels qui prolonge sur le plan littéraire les recherches picturales cubistes contemporaines qu'Apollinaire défend par ailleurs activement comme critique d'art. Le recueil rassemble également de nombreux poèmes composés directement sur le front pendant la Première Guerre mondiale à laquelle Apollinaire participe comme engagé volontaire, témoignages poétiques d'une modernité formelle inédite sur l'expérience du feu et des tranchées, mêlant l'horreur de la guerre moderne, les correspondances amoureuses envoyées à ses différentes maîtresses depuis le front, et une réflexion plus large sur la modernité technologique et destructrice du premier conflit mondial industrialisé. Ce recueil, composé dans les circonstances mêmes de la guerre par un poète qui allait mourir peu après sa publication, quelques jours seulement avant l'armistice, des suites d'une blessure de guerre aggravée par la grippe espagnole, offre un témoignage poétique exceptionnel et formellement audacieux sur l'expérience de la Grande Guerre vécue de l'intérieur par l'un des plus grands innovateurs poétiques de son temps. Par l'invention du calligramme et son témoignage direct sur la Première Guerre mondiale, ce recueil reste l'une des œuvres poétiques les plus formellement novatrices du XXe siècle français. Le célèbre calligramme « Il pleut », dont les vers coulent verticalement sur la page à la manière de gouttes de pluie, reste aujourd'hui l'un des exemples les plus reproduits et les plus immédiatement reconnaissables de cette technique poético-visuelle inventée par Apollinaire. Ce poème figure aujourd'hui parmi les textes français les plus fréquemment étudiés dans les écoles pour introduire les élèves à l'expérimentation formelle de la poésie moderne.