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Classiquesen Ligne
Table des matières IChapitre 12 / 31

II

 

« Nature généreuse si riche dans l’expansion de sa vitalité ». C’est de la France que M. de Cholet parle en ces termes et il semble, à qui a terminé son livre, qu’il parlait ainsi de lui-même. Ce qui anime ce livre et lui donne tant d’intérêt, c’est en effet la vitalité sous toutes ses formes, vie voluptueuse de l’imagination artistique qui s’attache aux paysages les plus divers et les recrée, vie austère de la pensée qui médite les plus graves problèmes de l’histoire, vie énergique d’une volonté sans limites et sans défaillances qui poursuit les entreprises les plus difficiles et les mène à bonne fin. La fièvre de la pensée et de l’activité donne sa chaleur au récit qui embrasse tout le voyage du comte de Cholet, depuis Constantinople jusqu’à Erzeroum, Diarbekir, Bagdad et Alexandrette, voyage accompli sans hésitations, sans plaintes, malgré la rigueur extraordinaire de la température, le voisinage des brigands, malgré de toutes parts des difficultés presque insurmontables et surmontées avec une allégresse qui donne au style une vie singulière. La compagnie d’un officier (M. Jullien) qui pouvait converser avec les indigènes dans leur langue, a permis à M. de Cholet de recueillir chemin faisant de bien amusantes légendes qui ne forment pas la partie la moins agréable de son livre. Elles ont le parfum des fleurs écloses très loin de nous, sur des lèvres d’hommes qui diffèrent de ceux que nous voyons, et dont la pensée, en nous restant tout de même intelligible, devient comme étrange et autre. Le fond de ces légendes est souvent d’un réalisme très savoureux, témoin cette merveilleuse « histoire des châteaux de l’amoureux et de l’amoureuse », que nous aurions contée ici, si l’Écho de Paris ne l’avait donnée dans son dernier supplément, et qui, malgré son titre prestigieux et la poésie de l’affabulation, se réduit à un conseil d’hygiène, et si j’ose le dire, à une prescription de bains froids contre l’impuissance.