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Pierre Corneille
Cinna ou la Clémence d’Auguste
MDCCCLII
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Source : Wikisource
XIXe siècle · 1852

Cinna ou la Clémence d’Auguste

1852Théâtre Français ThéâtreClassicisme
PolitiqueJusticeVengeance

Cinna, ou la Clémence d'Auguste (1641), tragédie de Pierre Corneille inspirée d'un épisode rapporté par le philosophe Sénèque, met en scène une conjuration menée par le jeune Cinna contre l'empereur romain Auguste, complot politique qu'il organise en réalité principalement pour satisfaire les exigences vengeresses d'Émilie, femme qu'il aime passionnément et qui a fait de l'assassinat d'Auguste, responsable indirect de la mort de son propre père des années plus tôt durant les guerres civiles ayant précédé l'établissement de l'Empire, la condition absolue de son amour et de son consentement au mariage. Corneille y développe un dilemme tragique complexe où Cinna, tiraillé entre son amour sincère pour Émilie qui exige de lui ce régicide comme preuve d'amour et sa propre reconnaissance envers Auguste qui l'a comblé d'honneurs et de faveurs impériales considérables malgré son origine modeste, s'engage néanmoins dans la conspiration par fidélité à sa parole donnée, avant que le complot ne soit finalement découvert et dénoncé à l'empereur par un autre conjuré pris de remords. Confronté à la trahison de ceux qu'il a lui-même le plus généreusement comblés de bienfaits, Auguste, dans un long monologue tourmenté où il hésite entre la vengeance implacable que réclame son autorité bafouée et une clémence qui pourrait au contraire asseoir durablement son pouvoir par la reconnaissance et la gratitude plutôt que par la seule terreur, choisit finalement, dans un geste de grandeur morale exceptionnelle qui constitue le sommet dramatique de la pièce, de pardonner intégralement à tous les conjurés, y compris Cinna et Émilie eux-mêmes, décision magnanime qui les bouleverse et les convertit instantanément d'ennemis déterminés en sujets loyaux et reconnaissants. Cette pièce, qui développe une réflexion politique profonde sur les fondements de l'autorité légitime, opposant la terreur répressive traditionnelle à une clémence calculée capable de transformer durablement des ennemis en alliés fidèles par la seule reconnaissance morale, connaît une postérité politique considérable, étant notamment admirée et commentée par de nombreux souverains européens ultérieurs comme modèle de gouvernement éclairé. Par sa réflexion magistrale sur la clémence comme instrument de pouvoir légitime, Cinna demeure l'une des tragédies politiques les plus admirées du répertoire cornélien.