Clair de lune (1884) est un recueil de nouvelles dont le texte éponyme raconte comment un abbé de campagne rigoriste, obsédé par l'idée de surprendre et de sermonner sa nièce qu'il soupçonne d'un rendez-vous amoureux clandestin, se laisse lui-même désarmer et bouleverser par la beauté sereine d'une nuit de pleine lune, au point de renoncer à sa condamnation initiale et de reconnaître, l'espace d'un instant de grâce contemplative, la légitimité et la beauté de l'amour humain qu'il s'apprêtait à réprimer. Ce court texte illustre avec une grande économie de moyens l'un des thèmes récurrents de Maupassant, la manière dont la beauté de la nature peut soudain désarmer les certitudes morales les plus rigides et révéler, même chez les esprits les plus austères, une sensibilité insoupçonnée à la beauté du monde et de l'amour. Le recueil rassemble par ailleurs plusieurs autres nouvelles variées de la période de pleine maturité littéraire de l'auteur, alternant entre veine réaliste, satire sociale et incursions dans une forme de lyrisme discret rare chez ce chroniqueur habituellement plus connu pour sa lucidité désabusée sur les mœurs de son temps. Par sa délicatesse et sa retenue, ce texte bref offre un contrepoint plus apaisé aux nouvelles les plus noires de Maupassant, montrant l'étendue des registres émotionnels que l'auteur savait déployer dans le format court qui a fait toute sa réputation internationale. Publié en 1884 chez l'éditeur Monnier, ce recueil de douze nouvelles, dont plusieurs avaient déjà paru dans Le Gaulois ou Gil Blas, est illustré d'une gravure sur bois différente pour chaque texte, signée tour à tour par des artistes comme Jeanniot, Myrbach ou Rochegrosse. Cette pratique éditoriale d'une illustration originale par nouvelle, signée par des artistes différents, témoigne du soin particulier apporté par les éditeurs de l'époque aux recueils de nouvelles destinés à un large public. Ce texte reste l'un des plus délicats de tout le corpus maupassantien.