Bel-Ami (1885), second roman de Guy de Maupassant après Une vie, raconte l'ascension sociale fulgurante et cynique de Georges Duroy, ancien sous-officier désargenté de retour d'Algérie qui parvient, grâce à sa seule beauté physique et à un sens machiavélique de l'opportunisme, à gravir en quelques années tous les échelons du pouvoir médiatique et politique parisien du Second Empire finissant, principalement en séduisant méthodiquement une série de femmes influentes qui l'introduisent chacune à leur tour dans des cercles sociaux toujours plus élevés. Maupassant y développe une satire féroce et désabusée du journalisme et de la politique de son temps, Duroy débutant comme modeste rédacteur au journal La Vie française avant de découvrir que ses talents de séducteur constituent un instrument autrement plus efficace d'ascension que le travail honnête, utilisant successivement Madame de Marelle pour son plaisir personnel, Madeleine Forestier qu'il épouse après la mort opportune de son premier mari en s'appropriant son savoir-faire journalistique, puis Madame Walter, épouse de son propre patron, qu'il séduit et humilie cyniquement une fois qu'elle ne lui est plus utile socialement. Le roman culmine avec la manipulation calculée de la fille de son patron, Suzanne Walter, que Duroy convainc de fuguer avec lui pour contraindre ses parents à accepter leur mariage, lui assurant ainsi définitivement fortune et position sociale éminente au sein même de la haute société qu'il méprisait à ses débuts. Maupassant y dresse un tableau d'une noirceur et d'une lucidité cyniques sur la corruption généralisée de la presse, systématiquement inféodée aux intérêts financiers et politiques qu'elle est censée informer objectivement, Duroy lui-même s'enrichissant grâce à des délits d'initié boursiers rendus possibles par sa position influente au journal, dénonciation qui reste d'une actualité frappante sur les rapports entre pouvoir médiatique, politique et argent. Best-seller immédiat qui installe durablement la réputation de Maupassant comme grand romancier au-delà de son art déjà reconnu de la nouvelle, Bel-Ami demeure l'un des romans les plus cinglants sur l'arrivisme social et la corruption de la presse dans la littérature française du XIXe siècle.