La Maison Tellier (1881) donne son titre à un recueil de nouvelles ouvert par le récit éponyme, qui raconte avec une tendresse inattendue et un humour tranquille la fermeture exceptionnelle, un dimanche, de la maison close la plus fréquentée d'une petite ville normande, ses tenancières et ses pensionnaires étant toutes parties assister à la communion solennelle de la nièce de la patronière dans un village voisin. Maupassant y déploie tout son art du contraste comique et attendri, montrant ces femmes de mauvaise vie profondément touchées par l'émotion religieuse de la cérémonie au point de fondre en larmes pendant l'office, sous le regard perplexe des villageois qui ignorent tout de leur véritable profession, avant un retour joyeux et une réouverture de la maison fêtée en grande pompe par des clients impatients. Le recueil rassemble par ailleurs plusieurs autres nouvelles emblématiques de l'art de Maupassant, entre veine réaliste et incursions dans le fantastique, illustrant la variété et la maîtrise technique d'un auteur alors au sommet de sa production de nouvelliste, genre dans lequel il excelle par la concision, la chute imparable et l'économie parfaite de moyens. Ce recueil, l'un des premiers grands succès de Maupassant après Boule de Suif, confirme sa réputation de conteur capable de traiter avec la même virtuosité la crudité sociale la plus réaliste et une tendresse presque attendrie pour ses personnages les plus marginaux. Le recueil, publié le 21 avril 1881 chez Victor Havard, s'ouvre sur une dédicace à l'écrivain russe Ivan Tourgueniev, rencontré quelques années plus tôt par l'entremise de Gustave Flaubert, en hommage à l'affection et à l'admiration que Maupassant lui portait ; l'accueil critique reste contrasté, entre l'éloge appuyé de Zola dans Le Figaro et la sévérité d'autres chroniqueurs qui qualifient le livre d'« ordure ». Ce recueil confirme la place de Maupassant, alors au sommet de son art, parmi les plus grands nouvellistes français, capable de faire cohabiter dans un même volume tendresse comique et observation sociale acérée.