Contes cruels (1883), recueil de nouvelles fantastiques et macabres de Villiers de l'Isle-Adam, aristocrate désargenté et esprit brillant proche des cercles symbolistes et décadents de la fin du XIXe siècle, rassemble des textes d'une noirceur ironique et d'une causticité philosophique remarquables, mêlant fantastique inquiétant, satire sociale mordante de la bourgeoisie matérialiste de son temps et réflexions métaphysiques sur la mort, l'illusion et la vanité de l'existence humaine, dans une prose ciselée d'une élégance stylistique rare qui influence considérablement toute une génération d'écrivains symbolistes et décadents ultérieurs. Villiers y déploie un art de la nouvelle cruelle et ironique porté à un degré de raffinement stylistique exceptionnel, ses récits multipliant les chutes inattendues et les retournements macabres qui révèlent souvent, derrière les apparences les plus rassurantes de la société bourgeoise de son temps, une cruauté ou une absurdité métaphysique profondément dérangeante, dans une veine qui préfigure directement certains aspects de la littérature fantastique et absurde du XXe siècle. Ce recueil, qui installe durablement la réputation de Villiers comme l'un des maîtres du conte cruel et fantastique fin de siècle aux côtés de Maupassant, bien que dans un registre plus ouvertement philosophique et moins réaliste, reste l'œuvre la plus universellement lue de cet aristocrate désargenté dont l'existence personnelle, marquée par une misère matérielle chronique malgré son ascendance noble prestigieuse, contraste ironiquement avec le raffinement stylistique exceptionnel de son œuvre littéraire. Par la cruauté ironique et le raffinement stylistique de ses nouvelles, ce recueil demeure une référence du genre fantastique fin de siècle français. Parmi les récits les plus célèbres du recueil figure Vera, nouvelle fantastique où un veuf refuse d'admettre la mort de son épouse au point de la faire réapparaître par la seule force de sa conviction, illustrant l'art particulier de Villiers pour le fantastique psychologique plutôt que surnaturel. Barbey d'Aurevilly, contemporain admiratif de Villiers, saluera dans ce recueil l'une des voix les plus singulières de sa génération littéraire.