Croc-Blanc (1906), en quelque sorte le miroir inversé de L'Appel de la forêt, raconte cette fois le parcours inverse d'un loup métis né sauvage dans le Grand Nord canadien, dont la trajectoire mène progressivement, à travers une enfance sauvage marquée par la loi implacable de la survie et par la cruauté d'un premier maître qui l'exploite comme chien de combat, jusqu'à une domestication finale réussie auprès d'un maître aimant et patient qui parvient à gagner sa confiance et à révéler chez cet animal marqué par la violence une capacité insoupçonnée d'affection et de loyauté envers l'humain. Jack London y développe, en contrepoint exact de L'Appel de la forêt qui racontait la régression d'un chien domestique vers la sauvagerie primitive, le parcours inverse et tout aussi fascinant d'un animal sauvage domestiqué progressivement par la bonté et la patience plutôt que par la seule force brutale, démontrant à travers ce parcours contrasté sa conviction que l'environnement et l'expérience individuelle, bien plus que la seule nature innée, déterminent fondamentalement le comportement des êtres vivants, qu'ils soient loups ou hommes. Le roman multiplie les épisodes d'une cruauté et d'une violence remarquablement crues pour son époque, notamment les combats organisés auxquels Croc-Blanc est contraint de participer par son maître exploiteur, avant que sa rencontre rédemptrice avec un homme bienveillant ne lui révèle enfin, dans les dernières pages du roman, la possibilité d'une existence paisible et affectueuse loin de la violence qui a marqué toute son enfance sauvage. Par ce parcours inverse de domestication réussie, ce roman complète magistralement le diptyque animalier le plus célèbre de Jack London. London lui-même avait grandi dans une pauvreté rude qui l'avait conduit très jeune à observer de près les rapports de domination et de survie, expérience personnelle qui nourrit directement sa fascination littéraire pour les lois implacables du monde sauvage.