Scène première
les Sœurs.
Sœur Claire a regardé deux fois comment allait
Sa cornette, devant la glace.
C’est très laid.
Mais sœur Marthe a repris un pruneau de la tarte,
Ce matin : je l’ai vu.
C’est très vilain, sœur Marthe.
Un tout petit regard !
Un tout petit pruneau !
Je le dirai, ce soir, à monsieur Cyrano.
Non ! il va se moquer !
Il dira que les nonnes
Sont très coquettes !
Très gourmandes !
Et très bonnes.
N’est-ce pas, Mère Marguerite de Jésus,
Qu’il vient, le samedi, depuis dix ans ?
Et plus !
Depuis que sa cousine à nos béguins de toile
Mêla le deuil mondain de sa coiffe de voile,
Qui chez nous vint s’abattre, il y a quatorze ans,
Comme un grand oiseau noir parmi les oiseaux blancs !
Lui seul, depuis qu’elle a pris chambre dans ce cloître,
Sait distraire un chagrin qui ne veut pas décroître.
Il est si drôle ! — C’est amusant quand il vient !
— Il nous taquine ! — Il est gentil ! — Nous l’aimons bien !
— Nous fabriquons pour lui des pâtes d’angélique !
Mais enfin, ce n’est pas un très bon catholique !
Nous le convertirons.
Oui ! Oui !
Je vous défend
De l’entreprendre encor sur ce point, mes enfants.
Ne le tourmentez pas : il viendrait moins peut-être !
Mais… Dieu !…
Rassurez-vous : Dieu doit bien le connaître.
Mais chaque samedi, quand il vient d’un air fier,
Il me dit en entrant : « Ma sœur j’ai fait gras, hier ! »
Ah ! il vous dit cela ?… Eh bien ! la fois dernière
Il n’avait pas mangé depuis deux jours.
Ma Mère !
Il est pauvre.
Qui vous l’a dit ?
Monsieur Le Bret.
On ne le secourt pas ?
Non, il se fâcherait.
— Allons il faut rentrer… Madame Madeleine,
Avec un visiteur, dans le parc se promène.
C’est le duc-maréchal de Grammont ?
Oui, je crois.
Il n’était plus venu la voir depuis des mois !
Il est très pris ! — La cour ! — Les camps !
Les soins du monde !