De Profundis (1905, posthume), longue lettre-confession qu'Oscar Wilde rédige durant les derniers mois de son incarcération à la prison de Reading où il purge une peine de deux ans de travaux forcés pour « outrage aux bonnes mœurs » en raison de sa relation homosexuelle avec Lord Alfred Douglas, texte adressé à ce même Douglas dont Wilde retrace, avec une lucidité rétrospective d'une gravité inédite chez lui, l'histoire douloureuse de leur relation destructrice qui l'a conduit à sa ruine sociale, financière et physique complète. Wilde y abandonne totalement le ton brillant, ironique et provocateur qui avait fait sa réputation littéraire mondaine avant son procès, pour une méditation d'une gravité et d'une profondeur spirituelle inattendues sur la souffrance, l'humiliation publique et la possibilité d'une rédemption personnelle à travers l'épreuve carcérale qu'il traverse, Wilde reprochant à Douglas son égoïsme et sa frivolité qui l'ont entraîné dans sa chute tout en reconnaissant lui-même sa propre responsabilité et les leçons spirituelles profondes, presque christiques, qu'il affirme avoir tirées de cette souffrance extrême et de cette déchéance sociale absolue. Ce texte testamentaire, publié seulement après la mort de Wilde dans une version d'abord expurgée par son exécuteur littéraire Robert Ross avant qu'une édition intégrale plus tardive ne restitue l'ensemble du texte original dans toute sa crudité émotionnelle, offre un témoignage bouleversant et unique sur la transformation intérieure d'un esprit brillant et mondain confronté à l'humiliation publique la plus totale et à la déchéance sociale absolue. Par sa méditation bouleversante sur la souffrance, l'humiliation et la rédemption personnelle, De Profundis demeure l'un des textes autobiographiques les plus poignants de toute la littérature anglaise de la fin du XIXe siècle. Cette lettre, dont Wilde n'obtient l'autorisation officielle de rédaction en prison qu'après de longues négociations avec l'administration pénitentiaire réticente à lui accorder du papier et de l'encre, sera publiée dans une version d'abord expurgée par son exécuteur littéraire Robert Ross, la version intégrale ne paraissant qu'au milieu du XXe siècle.