Fantasio (1834) met en scène un jeune homme désabusé et fantasque qui, pour fuir ses dettes et son ennui existentiel, se travestit en bouffon de cour à la place du fou du roi récemment décédé, dans un royaume imaginaire où une princesse, Elsbeth, est sur le point d'être mariée par pure raison d'État à un prince voisin aussi ridicule que grotesque. Sous son déguisement de bouffon, seul statut qui lui permette de dire impunément la vérité à la cour, Fantasio observe avec un mélange d'ironie mordante et de mélancolie profonde l'absurdité des mariages politiques et la vacuité du pouvoir princier, tout en s'attachant secrètement, sans jamais oser le lui révéler, à la princesse qu'il a contribué à libérer de cette union imposée. Comédie fantaisiste et poétique, empreinte de la même mélancolie caractéristique que les autres pièces de Musset écrites pour la seule lecture, Fantasio illustre parfaitement l'art de l'auteur à mêler légèreté apparente et profondeur du sentiment. Composée pour la seule lecture dans le cadre du recueil Un spectacle dans un fauteuil, où Musset avait renoncé à la scène après l'échec de La Nuit vénitienne en 1830, la pièce n'est créée à la Comédie-Française qu'en 1866, plus de trente ans après sa rédaction, aux côtés des autres pièces du même cycle comme Lorenzaccio et Les Caprices de Marianne. Cette longue attente entre écriture et représentation scénique, caractéristique de tout le cycle du Spectacle dans un fauteuil, illustre la méfiance durable de Musset envers les contraintes matérielles de la scène après l'échec cuisant qui l'avait détourné du théâtre joué dès ses débuts. La pièce demeure aujourd'hui l'une des œuvres les plus régulièrement reprises du répertoire mussetien, appréciée pour l'équilibre subtil qu'elle maintient entre fantaisie légère et mélancolie profonde. Le rôle-titre, souvent confié à une actrice en travesti selon une tradition scénique bien établie, ajoute encore à l'ambiguïté mélancolique du personnage.