Fort comme la mort (1889) raconte la passion tardive et douloureuse du peintre mondain Olivier Bertin, célèbre portraitiste vieillissant, pour la comtesse Any de Guilleroy, sa maîtresse depuis douze années, une liaison discrète et confortable qui bascule brutalement lorsque la fille de la comtesse, Annette, devenue jeune femme, se révèle être le portrait vivant de sa mère au même âge où Bertin en était tombé amoureux. Bertin se découvre alors, avec une horreur croissante qu'il ne peut ni maîtriser ni avouer, épris de la fille au lieu de la mère, victime d'un amour impossible et honteux qui le renvoie violemment à sa propre vieillesse et à l'irréversibilité du temps qui a fané celle qu'il aime depuis toujours au profit de sa réplique juvénile. La comtesse elle-même, consciente peu à peu du trouble de son amant envers sa propre fille, en éprouve une souffrance et une jalousie déchirantes, prise dans un chagrin d'autant plus cruel qu'il naît de sa propre ressemblance avec l'objet du désir de Bertin. Maupassant construit ce roman comme une méditation d'une lucidité impitoyable sur la vieillesse, la peur de la mort et la vanité de vouloir retenir la jeunesse à travers un amour de substitution, jusqu'à un dénouement tragique où Bertin, désespéré, se jette délibérément sous les roues d'un omnibus. L'un des romans les plus sombres et les plus personnels de Maupassant sur l'angoisse du temps qui passe. Ce roman, l'un des plus intimement personnels de Maupassant, reflète l'angoisse croissante de l'auteur lui-même face au vieillissement et à la déchéance physique, obsession qui hantera de plus en plus son œuvre tardive à mesure que la maladie syphilitique qui finira par l'emporter altère progressivement sa propre santé mentale et physique. Ce roman, publié six ans avant l'internement de Maupassant, reflète déjà les premiers signes de l'angoisse existentielle qui assombrira ses derniers écrits.