L'autre Tartuffe, ou La mère coupable — ACTE V.
ACTE V.
Le Théâtre représente le grand salon du premier acte.
SCÈNE PREMIÈRE.
LE COMTE, LA COMTESSE, LÉON, SUSANNE.
(La Comtesse, sans rouge, dans le plus grand désordre de parure.)
LÉON, soutenant sa mère.
IL fait trop chaud, maman, dans l'appartement intérieur. Susanne, avance une bergère. (On l'assied.)
LE COMTE attendri, arrangeant les coussins.
Êtes-vous bien assise? Eh quoi! pleurer encore?
LA COMTESSE accablée.
Ah! laissez-moi verser des larmes de soulagement! ces récits affreux m'ont brisée! cette infâme lettre, sur-tout....
LE COMTE délirant.
Marié en Irlande, il épousait ma fille! et tout mon bien placé sur la banque de Londres, eût fait vivre un repaire affreux, jusqu'à la mort du dernier de nous tous!... Et qui sait, grand Dieu! quels moyens?...
LA COMTESSE.
Homme infortuné! calmez-vous! Mais il est temps de faire descendre Florestine; elle avait le cœur si serré de ce qui devait lui arriver! Vas la chercher Susanne, et ne l'instruis de rien.
LE COMTE, avec dignité.
Ce que j'ai dit à Figaro, Susanne, était pour vous, comme pour lui?
SUSANNE.
Monsieur, celle qui vit madame pleurer, prier pendant vingt ans, a trop gémi de ses douleurs, pour rien faire qui les accroisse! (Elle sort.)
SCÈNE II.
LE COMTE, LA COMTESSE, LÉON.
LE COMTE, avec un vif sentiment.
AH! Rosine! séchez vos pleurs; et maudit soit qui vous affligera!
LA COMTESSE.
Mon fils! embrasse les genoux de ton généreux protecteur; et rends-lui grace pour ta mère. (Il veut se mettre à genoux.)
LE COMTE le relève.
Oublions le passé, Léon. Gardons-en le silence, et n'émouvons plus votre mère. Figaro demande un grand calme. Ah! respectons, sur-tout, la jeunesse de Florentine, en lui cachant soigneusement les causes de cet accident!
SCÈNE III.
FLORESTINE, SUSANNE, LES PÉCÉDENS.
FLORESTINE, accourant.
MON Dieu! Maman, qu'avez-vous donc?
LA COMTESSE.
Rien que d'agréable à t'apprendre; et ton parain va t'en instruire.
LE COMTE.
Hélas! ma Florestine! je frémis du péril où j'allais plonger ta jeunesse. Grace au Ciel, qui dévoile tout, tu n'épouseras point Bégearss! Non; tu ne seras point la femme du plus épouvantable ingrat!...
FLORESTINE.
Ah! Ciel! Léon!...
LÉON.
Ma sœur, il nous a tous joués!
FLORESTINE, au Comte.
Sa Sœur!
LE COMTE.
Il nous trompait. Il trompait les uns par les autres; et tu étais le prix de ses horribles perfidies. Je vais le chasser de chez moi.
LA COMTESSE.
L'instinct de ta frayeur te servait mieux que nos lumières. Aimable enfant! rends grâce au Ciel, qui te sauve d'un tel danger!
LÉON.
Ma sœur, il nous a tous joués!
FLORESTINE, au Comte.
Monsieur, il m'appèle sa sœur!
LA COMTESSE, exaltée.
Oui Floresta, tu es à nous. C'est-là notre secret chéri. Voilà ton père; voilà ton frère; et moi je suis ta mère pour la vie. Ah! garde-toi de l'oublier jamais! (Elle tend la main au Comte.) Almaviva! pas-vrai qu'elle est ma fille?
LE COMTE, exalté.
Et lui, mon fils; voilà nos deux enfans. (Tous se serrent dans les bras l'un de l'autre.)
SCÈNE IV.
FIGARO, M. FAL, Notaire, LES PÉCÉDENS.
FIGARO, accourant et jettant son manteau.
MALÉDICTION! Il a le porte-feuille. J'ai vu le traître l'emporter, quand je suis entré chez Monsieur.
LE COMTE.
O Monsieur Fal! vous vous êtes pressé!
M. FAL, vivement.
Non, Monsieur, au contraire. Il est resté plus d'une heure avec moi: m'a fait achever le contrat, y insérer la donation qu'il fait. Puis il m'a remis mon reçu, au bas duquel était le vôtre; en me disant que la somme est à lui; qu'elle est un fruit d'hérédité; qu'il vous l'a remise en confiance....
LE COMTE.
O scélérat! Il n'oublie rien!
FIGARO.
Que de trembler sur l'avenir!
M. FAL.
Avec ces éclaircissemens, ai-je pu refuser le porte-feuille qu'il exigeait? Ce sont trois millions au porteur. Si vous rompez le mariage, et qu'il veuille garder l'argent; c'est un mal presque sans remède.
LE COMTE, avec véhémence.
Que tout l'or du monde périsse; et que je sois débarassé de lui!
FIGARO, jettant son chapeau sur un fauteuil.
Dussé-je être pendu; il n'en gardera pas une obole! (A Susanne.) Veille au dehors, Susanne. (Elle sort.)
M. FAL.
Avez-vous un moyen de lui faire avouer devant de bons témoins, qu'il tient ce trésor de Monsieur? Sans cela, je défie qu'on puisse le lui arracher!
FIGARO.
S'il apprend par son allemand, ce qui se passe dans l'hôtel, il n'y rentrera plus.
LE COMTE, vivement.
Tant mieux! c'est tout ce que je veux! Ah! qu'il garde le reste!
FIGARO, vivement.
Lui laisser par dépit l'héritage de vos enfans? ce n'est pas vertu, c'est faiblesse.
LÉON fâché.
Figaro!
FIGARO plus fort.
Je ne m'en dédis point. (Au Comte.) Qu'obtiendra donc de vous l'attachement, si vous payez ainsi la perfidie?
LE COMTE se fâchant.
Mais, l'entreprendre sans succès; c'est lui ménager un triomphe....
SCÈNE V.
LES PÉCÉDENS, SUSANNE.
SUSANNE à la porte, et criant.
MONSIEUR Bégearss qui rentre! (Elle sort.)
SCÈNE VI.
LES PÉCÉDENS, excepté SUSANNE,
(Ils font tous un grand mouvement.)
LE COMTE, hors de lui.
OH! traître!
FIGARO, très-vîte.
On ne peut plus se concerter; mais si vous m'écoutez, et me secondez tous, pour lui donner une sécurité profonde; j'engage ma tête au succès.
M. FAL.
Vous allez lui parler du porte-feuille et du contrat?
FIGARO, très-vite.
Non pas; il en sait trop pour l'entammer si brusquement! il faut l'amener de plus loin à faire un aveu volontaire. (Au Comte.) Feignez de vouloir me chasser.
LE COMTE, troublé.
Mais, mais, sur quoi?
SCÈNE VII.
LES PÉCÉDENS, SUSANNE, BÉGEARSS.
SUSANNE, accourant.
MONSIEUR Bégeaaaaaaarss! (Elle se range près de la Comtesse.)
BÉGEARSS, montre une grande surprise.
FIGARO, s'écrie, en le voyant.
Monsieur Bégearss! (humblement.) Eh bien! ce n'est qu'une humiliation de plus. Puisque vous attachez à l'aveu de mes torts le pardon que je sollicite; j'espère que Monsieur ne sera pas moins généreux.
BÉGEARSS, étonné.
Qu'y a-t-il donc? Je vous trouve assemblés!
LE COMTE, brusquement.
Pour chasser un sujet indigne.
BÉGEARSS, plus surpris encore, voyant le Notaire.
Et Monsieur Fal?
M. FAL, lui montrant le contrat.
Voyez qu'on ne perd point de temps, tout ici concourt avec vous.
BÉGEARSS, surpris.
Ha! ha!.....
LE COMTE, impatient, à Figaro.
Pressez-vous; ceci me fatigue.
(Pendant cette scène, Bégearss les examine l'un après l'autre, avec la plus grande attention.)
FIGARO, l'air suppliant, adressant la parole au Comte.
Puisque la feinte est inutile; achevons mes tristes aveux. Oui, pour nuire à Monsieur Bégearss, je répète avec confusion, que je me suis mis à l'épier, le suivre, et le troubler par-tout: (au Comte) car Monsieur n'avait pas sonné, lorsque je suis entré chez lui, pour savoir ce qu'on y fesait du coffre aux brillans de Madame, que j'ai trouvé-là tout ouvert.
BÉGEARSS.
Certes! ouvert à mon grand regret!
LE COMTE, fait un mouvement inquiétant.
(A part.) Quelle audace!
FIGARO, se courbant, le tire par l'habit pour l'avertir.
Ah! mon Maître!
M. FAL, effrayé.
Monsieur!
BÉGEARSS, au Comte, (à part.)
Modérez-vous; ou nous ne sçaurons rien.
LE COMTE, frappe du pied.
BÉGEARSS, l'examine.
FIGARO, soupirant, dit au Comte.
C'est ainsi que sachant Madame enfermée avec lui, pour brûler de certains papiers dont je connaissais l'importance; je vous ai fait venir subitement.
BÉGEARSS, au Comte.
Vous l'ai-je dit?
LE COMTE, mord son mouchoir de fureur.
SUSANNE, bas à Figaro, (par derrière.)
FIGARO.
Enfin vous voyant tous d'accord, j'avoue que j'ai fait l'impossible pour provoquer entre Madame et vous la vive explication..... qui n'a pas eu la fin que j'espérais.....
LE COMTE, à Figaro, avec colère.
Finissez-vous ce plaidoyer?
FIGARO, bien humble.
Hélas! je n'ai plus rien à dire; puisque c'est cette explication qui a fait chercher Monsieur Fal, pour finir ici le contrat. L'heureuse étoile de Monsieur a triomphé de tous mes artifices..... Mon maître! en faveur de trente ans.....
LE COMTE, avec humeur.
Ce n'est pas à moi de juger. (Il marche vîte.)
FIGARO.
Monsieur Bégearss!....
BÉGEARSS, qui a repris sa sécurité, dit ironiquement.
Qui! moi? cher ami, je ne comptais guères vous avoir tant d'obligations! (Elevant son ton.) Voir mon bonheur accéléré par le coupable effort destiné à me le ravir! (A Léon et Florestine.) O jeunes gens! quelle leçon! marchons avec candeur dans le sentier de la vertu. Voyez que tôt ou tard l'intrigue est la perte de son auteur.
FIGARO, prosterné.
BÉGEARSS, au Comte.
Monsieur, pour cette fois encore, et qu'il parte!
LE COMTE, à Bégearss, durement.
C'est-là votre arrêt?..... j'y souscris.
FIGARO, ardemment.
Monsieur Bégearss! je vous le dois. Mais je vois M. Fal pressé d'achever un contrat.....
LE COMTE, brusquement.
Les articles m'en sont connus.
M. FAL.
Hors celui-ci. Je vais vous lire la donation que Monsieur fait... (cherchant l'endroit.) M., M., M., Messire James-Honoré Bégearss.... Ah! (il lit) «et pour donner à la Demoiselle future épouse, une preuve non équivoque de son attachement pour elle; ledit Seigneur futur époux lui fait donation entière de tous les grands biens qu'il possède; consistant aujourd'hui, (il appuie en lisant) (ainsi qu'il le déclare, et les a exhibés à nous Notaires soussignés), en trois millions d'or ici joints, en très-bons effets au porteur.» (Il tend la main en lisant.)
BÉGEARSS.
Les voilà dans ce porte-feuille. (Il donne le porte-feuille à Fal.) Il manque deux milliers de louis, que je viens d'en ôter pour fournir aux apprêts des noces.
FIGARO montrant le Comte, et vivement.
Monsieur a décidé qu'il paierait tout; j'ai l'ordre.
BÉGEARSS, tirant les effets de sa poche et les remettant au notaire.
En ce cas enregistrez-les; que la donation soit entière!
FIGARO retourné, se tient la bouche pour ne pas rire.
M. FAL ouvre le porte-feuille, y remet les effets.
M. FAL montrant Figaro.
Monsieur va tout additionner, pendant que nous achèverons. (Il donne le porte-feuille ouvert à Figaro; qui, voyant les effets, dit:)
FIGARO, l'air exalté.
Et moi j'éprouve qu'un bon repentir est comme toute bonne action; qu'il porte aussi sa récompense.
BÉGEARSS.
En quoi?
FIGARO.
J'ai le bonneur de m'assurer qu'il est ici plus d'un généreux homme. Oh! que le Ciel comble les vœux de deux amis aussi parfaits! Nous n'avons nul besoin d'écrire. (Au Comte.) Ce sont vos effets au porteur: oui Monsieur, je les reconnais. Entre M. Bégearss et vous, c'est un combat de générosité; l'un donne ses biens à l'époux; l'autre les rend à sa future! (Aux jeunes gens.) Monsieur, Mademoiselle! Ah! quel bienfaisant protecteur, et que vous allez le chérir...... Mais, que dis-je? l'enthousiasme m'aurait-il fait commettre une indiscrétion offensante? (Tout le monde garde le silence.)
BÉGEARSS, un peu surpris, se remet; prend son parti, et dit:
Elle ne peut l'être pour personne, si mon ami ne la désavoue pas; s'il met mon âme à l'aise, en me permettant d'avouer que je tiens de lui ces effets. Celui-là n'a pas un bon cœur, que la gratitude fatigue; et cet aveu manquait à ma satisfaction. (montrant le Comte.) Je lui dois bonheur et fortune; et quand je les partage avec sa digne fille, je ne fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le porte-feuille; je ne veux avoir que l'honneur de le mettre à ses pieds moi-même, en signant notre heureux contrat. (Il veut le reprendre.)
FIGARO, sautant de joie.
Messieurs, vous l'avez entendu? vous témoignerez s'il le faut. Mon maître, voilà vos effets; donnez-les à leur détempteur, si vôtre cœur l'en juge digne. (Il lui remet le porte-feuille.)
LE COMTE, se levant, à Bégearss.
Grand Dieu! les lui donner! homme cruel sortez de ma maison; l'enfer n'est pas aussi profond que vous! grâce à ce bon vieux serviteur, mon imprudence est réparée: sortez à l'instant de chez moi.
BÉGEARSS.
O mon ami! vous êtes encore trompé!
LE COMTE, hors de lui, le bride de sa lettre ouverte.
LE COMTE.
Et cette lettre, Monstre! m'abuse-t-elle aussi?
BÉGEARSS la voit; furieux, il arrache au Comte la lettre, et se montre tel qu'il est.
Ah!.... Je suis joué! mais j'en aurai raison.
LÉON.
Laissez en paix une famille que vous avez remplie d'horreur.
BÉGEARSS furieux.
Jeune insensé! c'est toi qui vas payer pour tous; je t'appelle au combat.
LÉON, vîte.
J'y cours.
LE COMTE, vîte.
Léon!
LA COMTESSE, vîte.
Mon fils!
FLORESTINE, vîte.
Mon frère!
LE COMTE.
Léon! Je vous défends..... (à Bégearss) Vous vous êtes rendu indigne de l'honneur que vous demandez: Ce n'est point par cette voie-là qu'un homme comme vous doit terminer sa vie.
BÉGEARSS fait un geste affreux, sans parler.
FIGARO, arrêtant Léon, vivement.
Non, jeune homme! vous n'irez point; Monsieur votre père a raison, et l'opinion est réformée sur cette horrible frénésie; on ne combattra plus ici que les ennemis de l'état. Laissez-le en proie à sa fureur; et s'il ose vous attaquer, défendez-vous comme d'un assassin; personne ne trouve mauvais qu'on tue une bête enragée! mais il se gardera de l'oser; l'homme capable de tant d'horreurs doit être aussi lâche que vil!
BÉGEARSS hors de lui.
Malheureux!
LE COMTE, frappant du pied.
Nous laissez-vous enfin? c'est un supplice de vous voir. (La Comtesse est effrayée sur son siége; Florestine et Susanne la soutiennent; Léon se réunit à elles.)
BÉGEARSS, les dents serrées.
Oui morbleu! je vous laisse; mais j'ai la preuve en main de votre infâme trahison! vous n'avez demandé l'agrément de Sa Majesté, pour échanger vos biens d'Espagne, que pour être à portée de troubler sans péril l'autre côté des pyrénées.
LE COMTE.
O monstre! que dit-il?
BÉGEARSS.
Ce que je vais dénoncer à Madrid. N'y eût-il que le buste en grand d'un Washington, dans votre cabinet; j'y fais confisquer tous vos biens.
FIGARO criant.
Certainement; le tiers au dénonciateur.
BÉGEARSS.
Mais, pour que vous n'échangiez rien, je cours chez notre ambassadeur arrêter dans ses mains l'agrément de Sa Majesté, que l'on attend par ce courrier.
FIGARO, tirant un paquet de sa poche, s'écrie vivement:
L'agrément du Roi? le voici; j'avais prévu le coup; je viens, de votre part, d'enlever le paquet au secrétariat d'ambassade; le courrier d'Espagne arrivait!
LE COMTE, avec vivacité, prend le paquet.
BÉGEARSS furieux, frappe sur son front, fait deux pas pour sortir et se retourne.
Adieu, famille abandonnée! maison sans mœurs et sans honneur! Vous aurez l'impudeur de conclure un mariage abominable, en unissant le frère avec la sœur: mais l'univers saura votre infâmie! (Il sort.)
SCÈNE VIIIe. ET DERNIÈRE.
LES PÉCÉDENS, excepté BÉGEARSS.
FIGARO follement.
QU'IL fasse des libelles! dernière ressource des lâches! Il n'est plus dangereux; bien démasqué: à bout de voie, et pas vingt-cinq louis dans le monde! Ah Monsieur Fal! je me serais poignardé s'il eût gardé les deux mille louis qu'il avait soustraits du paquet! (Il reprend un ton grave.) D'ailleurs, nul ne sait mieux que lui, que par la nature et la loi, ces jeunes gens ne se sont rien; qu'ils sont étrangers l'un à l'autre.
LE COMTE l'embrasse et crie:
O Figaro!.... Madame, il a raison.
LÉON, très-vîte.
Dieux! Maman! quel espoir!
FLORESTINE, au Comte.
Eh quoi! Monsieur, n'êtes-vous plus....
LE COMTE, ivre de joie.
Mes enfans, nous y reviendrons; et nous consulterons, sous des noms supposés, des gens de loi, discrets, éclairés, pleins d'honneur. O mes enfans! il vient un âge où les honnêtes gens se pardonnent leurs torts, leurs anciennes foiblesses! font succéder un doux attachement aux passions orageuses qui les avaient trop désunis. Rosine! (c'est le nom que votre époux vous rend.) allons nous reposer des fatigues de la journée. Monsieur Fal! restez avec nous. Venez mes deux enfans!—— Susanne, embrasse ton mari! et que nos sujets de querelles soient ensevelis pour toujours! (à Figaro.) Les deux mille louis qu'il avait soustraits, je te les donne, en attendant la récompense qui t'est bien dûe!....
FIGARO, vivement.
A moi, Monsieur? non s'il vous plait; moi, gâter par un vil salaire, le bon service que j'ai fait? ma récompense est de mourir chez vous. Jeune, si j'ai failli souvent; que ce jour acquitte ma vie! O ma vieillesse! pardonne à ma jeunesse, elle s'honorera de toi. Un jour a changé notre état! plus d'oppresseur, d'hypocrite insolent! Chacun a bien fait son devoir: ne plaignons point quelques momens de trouble; on gagne assez dans les familles quand on en expulse un méchant.
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.