La Mère coupable (1792), troisième et dernier volet de la trilogie que Beaumarchais consacre au cycle de Figaro après Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, se déroule plusieurs décennies après les événements des deux précédentes pièces et adopte un ton nettement plus grave et plus mélodramatique que la verve comique des deux comédies antérieures, mettant en scène la comtesse Almaviva rongée par une faute ancienne, un fils illégitime né d'une liaison passée qu'elle a dû dissimuler à son époux pendant toute son existence, secret douloureux menacé d'être révélé par le machiavélique Bégearss, hypocrite manipulateur qui s'immisce dans la famille Almaviva pour mieux la ruiner et la déshonorer à son propre profit. Figaro, désormais fidèle serviteur âgé de la famille Almaviva qu'il a servie loyalement sur plusieurs générations, retrouve dans cette pièce tardive son rôle protecteur et son intelligence rusée pour déjouer les manœuvres perfides de Bégearss et préserver la famille qu'il sert de la ruine et du déshonneur menaçants, démontrant une fidélité et une sagesse acquise avec l'âge qui contrastent avec l'insolence juvénile et frondeuse qui caractérisait le même personnage dans les deux pièces précédentes du cycle. Composée par Beaumarchais dans le contexte troublé de la Révolution française déjà bien engagée, cette pièce d'un ton beaucoup plus sombre et moralisateur que ses illustres devancières témoigne de l'évolution du théâtre de Beaumarchais vers un genre plus proche du drame bourgeois sentimental que de la franche comédie sociale qui avait fait sa gloire initiale. Moins jouée aujourd'hui que Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, cette conclusion tardive et plus grave du cycle de Figaro reste néanmoins un témoignage précieux de l'évolution dramaturgique de Beaumarchais à la fin de sa carrière. Beaumarchais y reprend le nom de Tartuffe pour désigner Bégearss, geste qui inscrit délibérément la pièce dans l'héritage de Molière tout en actualisant la figure de l'hypocrite religieux pour son propre siècle finissant.