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Classiquesen Ligne
Pierre Augustin Caron de Beaumarchais
Le Mariage de Figaro
MDCCCLXXVI
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Domaine public · libre & gratuit
Source : Wikisource
XIXe siècle · 1876

Le Mariage de Figaro

1876Théâtre Français ThéâtreSiècle des Lumières
SociétéPolitiqueMariage

Le Mariage de Figaro (1784), suite directe du Barbier de Séville dont l'audace sociale et politique provoque une censure prolongée de plusieurs années avant que Louis XVI lui-même, après en avoir personnellement pris connaissance et l'avoir jugée dangereusement subversive pour l'ordre établi, ne finisse par céder aux pressions insistantes de la cour et n'autorise sa représentation, raconte comment Figaro, désormais valet du comte Almaviva qu'il avait aidé à épouser Rosine dans la pièce précédente, doit déjouer les manœuvres de son propre maître, lassé de sa femme et désormais épris de Suzanne, propre fiancée de Figaro, que le comte cherche à séduire en exerçant sur elle un ancien droit de cuissage aristocratique auquel il prétend ne pas avoir renoncé malgré son abolition officielle. Figaro, dont la célèbre tirade prononcée en fin de pièce interroge frontalement et sans détour les privilèges arbitraires de la naissance aristocratique par rapport au seul mérite personnel, s'écriant qu'Almaviva ne doit sa position sociale supérieure qu'au « hasard » d'être né noble tandis que lui-même, né roturier, a « déployé plus de science et de calculs pour subsister seulement » que n'en a fallu pour gouverner des provinces entières, incarne une revendication d'égalité sociale et de dignité populaire d'une audace politique inédite et prophétique à quelques années à peine de la Révolution française. Beaumarchais y déploie une intrigue de vaudeville d'une virtuosité comique remarquable, déguisements, quiproquos et rebondissements multiples, qui ne dissimule cependant jamais totalement la charge sociale explosive de son propos sur l'arbitraire des privilèges de naissance face au mérite véritable. Immortalisée par l'opéra que Mozart en tire l'année suivante sa création, cette pièce reste l'une des œuvres théâtrales les plus politiquement significatives de tout le siècle des Lumières français. Napoléon lui-même, des années plus tard à Sainte-Hélène, résumera d'une formule restée célèbre la portée politique de la pièce : « Le Mariage de Figaro, c'est déjà la révolution en action. »