L'Épave du Cynthia (1885), roman signé conjointement par Jules Verne et André Laurie mais dont la rédaction effective est aujourd'hui attribuée principalement à ce dernier, Verne n'ayant assuré qu'un rôle de superviseur et de correcteur, raconte le destin d'Erik Hersebom, jeune Norvégien d'une intelligence remarquable recueilli tout bébé par une famille de pêcheurs après le naufrage du navire Cynthia dont il fut l'unique rescapé. Grandissant sans jamais présenter les traits physiques typiques des peuples scandinaves, Erik intrigue un médecin de Stockholm qui, frappé par la vivacité d'esprit hors du commun de l'enfant, entreprend de percer le mystère de ses véritables origines. Devenu adulte, Erik se lance à son tour, avec l'aide du docteur, dans une quête méthodique pour élucider les circonstances exactes du naufrage du Cynthia et retrouver la trace de sa famille biologique, une enquête qui le conduit à travers les glaces polaires jusqu'aux confins de la Sibérie, sur la piste d'un marin disparu qui seul détiendrait le secret de son abandon en mer. Ce roman d'aventures et d'énigme généalogique, empreint d'une atmosphère nordique et polaire caractéristique du goût de Verne pour les grands espaces glacés, combine la rigueur géographique habituelle des Voyages extraordinaires à une intrigue plus intime centrée sur la recherche d'identité et de filiation. La collaboration avec André Laurie, elle-même révélatrice des méthodes de travail de l'atelier Hetzel où Verne supervisait et retouchait les manuscrits d'auteurs moins connus, illustre une facette moins visible mais bien réelle de la fabrique des Voyages extraordinaires à la fin du dix-neuvième siècle. Publié en 1885 dans le Magasin d'éducation et de récréation avant sa parution en volume chez Hetzel, le roman est illustré par Georges Roux, plutôt que par Léon Benett habituellement chargé des Voyages extraordinaires, ce qui en fait une exception iconographique notable dans la collection. Le roman s'inscrit dans la veine des récits d'enquête généalogique chers à la littérature populaire du dix-neuvième siècle, où la découverte de l'identité biologique du héros constitue le véritable ressort dramatique, ici transposé dans le cadre spectaculaire des mers arctiques que Verne affectionne.