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Classiquesen Ligne
Voltaire
L'Ingénu
MDCCLXVII
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Domaine public · libre & gratuit
Source : Project Gutenberg
XVIIIe siècle · 1767

L'Ingénu

1767Roman Français RomanSiècle des Lumières
SociétéPolitiqueFamille

L'Ingénu (1767) raconte l'arrivée en Basse-Bretagne d'un jeune Huron élevé chez les Amérindiens du Canada, surnommé l'Ingénu pour sa candeur totale et son absence complète des préjugés et conventions de la société française, qui se révèle être en réalité le fils perdu depuis l'enfance d'une famille bretonne, retrouvant ainsi malgré lui ses origines européennes sans jamais en adopter pour autant les codes sociaux absurdes qu'il continue de juger avec un regard extérieur d'une lucidité désarmante. Le regard naïf et pourtant d'une logique implacable de l'Ingénu sur les usages de la société française de l'Ancien Régime, de la bureaucratie ecclésiastique aux conventions matrimoniales en passant par l'arbitraire judiciaire, permet à Voltaire de renouveler le procédé du regard étranger déjà utilisé par Montesquieu dans les Lettres persanes pour mieux critiquer les institutions françaises de son temps. Amoureux sincère de Mademoiselle de Saint-Yves, l'Ingénu se heurte à l'arbitraire le plus injuste lorsqu'il est emprisonné à la Bastille sans procès pour avoir défendu la France contre une invasion anglaise, épisode qui permet à Voltaire de dénoncer frontalement les lettres de cachet et l'arbitraire royal, avant un dénouement tragique où Mademoiselle de Saint-Yves meurt d'épuisement après avoir obtenu sa libération au prix de sacrifices personnels. Plus grave et plus directement politique que Candide ou Zadig, ce conte philosophique tardif de Voltaire porte une charge particulièrement frontale contre l'arbitraire judiciaire et religieux de l'Ancien Régime. Ce conte tardif, rédigé alors que Voltaire s'était lui-même engagé dans plusieurs combats retentissants contre l'arbitraire judiciaire de son temps, notamment l'affaire Calas, porte une charge polémique directement nourrie de son propre engagement de pamphlétaire. Le succès immédiat de ce conte, qui connut plusieurs éditions la même année, confirme la popularité durable du genre du conte philosophique voltairien auprès du public cultivé de la fin de l'Ancien Régime. Le titre du conte joue lui-même sur l'ambiguïté du mot « ingénu », qui désigne à la fois la naïveté du personnage et la franchise vertueuse d'un regard non corrompu par les conventions sociales.