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LE TONNEAU DE LA HAINE

La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes;
La vengeance éperdue aux bras rouges et forts
A beau précipiter dans ses ténèbres vides
De grands seaux pleins de sang et des larmes des morts,

Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes,
Par où fuiraient mille ans de sueurs et d'efforts,
Quand même elle saurait ranimer ses victimes,
Et pour les pressurer ressusciter leurs corps.

La Haine est un ivrogne au fond d'une taverne,
Qui sent toujours la soif naître de la liqueur
Et se multiplier comme l'hydre de Lerne.

—Mais les buveurs heureux connaissent leur vainqueur
Et la Haine est vouée à ce sort lamentable
De ne pouvoir jamais s'endormir sous la table.

VARIANTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

2e quatrain, 3e et 4e vers.

Quand même elle saurait allonger ses victimes
Et pour les resaigner galvaniser leurs corps.