Scène III
Ah ! te voilà ; tu es levé ! Eh ! bien, tu en as fait une grasse matinée ! Bonjour, mon chéri.
Bonjour, Gab… Oh !… rielle !
Bonjour, monsieur Mongicourt.
Madame, votre serviteur !
Oh ! mais, regarde-moi donc !… Oh ! bien, tu en as une mine !
Ah ?… Tu trouves ?… Oui ! oui ! Je ne sais pas ce que j’ai, ce matin ; je me sens tout chose.
Mais tu es vert ! (À Mongicourt.) Qu’est-ce qu’il a, docteur ?
Ce qu’il a ?… Il a de la gueula lignea, madame !
Hein ?
Ah ! mon Dieu, que me dites-vous là !
Oui, madame !
C’est grave ?
Je réponds de lui…
Ah ! merci !… (À Petypon, avec une affectueuse commisération.) Mon pauvre ami !… Alors, tu as de la « gueula lignea » !
Ben… je ne sais pas !… C’est Mongicourt qui…
Oh ! mais, il faut te soigner. (À Mongicourt.) Qu’est-ce qu’on pourrait lui faire prendre ?… peut-être qu’un réconfortant ?… (Brusquement.) un peu d’alcool ?…
Oh ! non !… (Avec écœurement.) Non, pas d’alcool !
Mais alors, docteur, quel remède ?
Mon Dieu, madame, en général, pour cette sorte d’indisposition, on préconise l’ammoniaque.
L’ammoniaque, bon !
Hein ? Ah ! non ! (Bas à Mongicourt, pendant que sa femme, arrêtée par son cri, revient vers lui.) Tu veux me faire prendre de l’ammoniaque !
Mais, actuellement, votre mari est dans la période décroissante…
Ah ! tant mieux !
Des tisanes, du thé avec du citron ; voilà ce qu’il lui faut !
Je vais tout de suite en commander.
N’est-ce pas ?
Oui, oh ! toi, tu sais !…
Ah ! qui m’aurait dit que tu te réveillerais dans cet état, quand ce matin tu dormais d’un sommeil si paisible ! (Petypon, stupéfait, tourne un regard ahuri vers Mongicourt.) Tu n’as même pas senti quand je t’ai embrassé.
Hein ?… Tu… tu… ?
Quoi, « tutu » ?
Tu m’as embrassé ?…
Oui.
Dans… dans mon lit ?
Eh ! bien oui ! quoi ?… Tu dormais, enfoui sous les couvertures ; je t’ai embrassé sur le peu de front qui émergeait de tes draps. Qu’est-ce qu’il y a d’étonnant ?
Oh ! Rien ! rien !
Je vais chercher le thé.
C’est ça ! c’est ça !