Scène V
Voilà le thé ! J’ai envoyé Étienne acheter un citron.
Ma femme ! hum ! hum !… Madame Petypon, ma femme !
Sa femme ! Madame Petypon !
Eh bien quoi ? Tu me présentes au docteur, maintenant ?
Madame, enchanté !
Mais non, je dis : — tu ne me laisses pas achever — « Madame Petypon, ma femme,… tu ne trouves pas qu’on étouffe ici ? »
Ici ? non !
Si ! si ! (Brusquement, de la main droite, lui saisissant le poignet gauche.) Allons prendre l’air, viens ! Allons prendre l’air !
Mais non ! Mais non !
Mais si ! mais si !
Ah ! Qu’est-ce que c’est que ça, qui est sur cette chaise ?
Quoi ?
Cette étoffe ?… on dirait une robe !
Nom d’un chien ! la robe de la Môme !
Boum !
Mais oui !… En voilà une idée d’apporter ça dans ton cabinet… Depuis quand c’est-il là ?
Je ne sais pas ! je n’ai pas remarqué ! Ça n’y était pas cette nuit !… Il me semble que c’est ce matin, hein ?… n’est-ce pas, Mongicourt ? On a apporté ça ce… (Agacé par le silence et le regard moqueur de Mongicourt qui semble s’amuser à le laisser patauger.) Mais dis donc quelque chose, toi !
Hein ? oui !… oui !
Ça doit être une erreur !… c’est pas pour ici !… Je vais la renvoyer !
Mais, pas du tout, ce n’est pas une erreur.
Hein ?
Seulement, c’est une drôle d’idée d’apporter ça chez toi !
Comment ?
Moi, pendant ce temps-là, j’écris une lettre à cheval à ma couturière.
À ta ?…
Mais oui, elle devait déjà me livrer cette robe hier ; alors, moi, ne voyant rien venir…
Hein ?
Ah bien ça, c’est le bouquet !
Mais non !… Ce n’est pas possible !… D’abord, je te connais, tu n’aurais pas choisi une robe si claire… Allez ! donne ça ! donne ça !
Ah ! que tu es brutal ! Tu sais bien que je ne choisis jamais !… Je dis à ma couturière : « Faites-moi une robe ! » et elle me fait ce qu’elle veut ; je m’en rapporte à elle. C’est un peu clair, c’est vrai !…
Oui, oui ! (Saisissant la robe et essayant de l’arracher à sa femme.) On va la faire teindre !…
Oh ! mais, voyons, à la fin !… C’est un peu clair, mais une fois n’est pas coutume !… Ah ! tu as une façon de manipuler les toilettes ! Ah ! si on les laissait entre tes mains !… vrai !…