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Classiquesen Ligne

Scène XVII

Les Mêmes, moins LE GÉNÉRAL.
Petypon (3).

Ah ! là là !… ouf !

Mongicourt (1).

Ah çà ! qu’est-ce que j’entends ? Vous partez avec lui ?

Petypon, gagnant le milieu de la scène, bien appuyé.

Oui !

Mongicourt.

Avec la Môme ?

La Môme, sautant assise sur la table côté gauche.

Avec moi !

Mongicourt (1).

Eh ! ben, mon vieux !…

Petypon (2), venant se camper devant la Môme.

Ah ! oui, tu me mets dans de jolis draps ! Que le diable t’emporte d’être venue te fourrer dans ma vie, toi ! Oh ! le pied dans le crime !… Si seulement il y avait eu crime ! Mais, enfin, je ne te connais pas ! Tu n’a pas été à moi ; je n’ai pas été à toi !

La Môme (3).

Mais, c’est que c’est vrai !… On n’a pas été à nous !

Petypon.

Eh ! bien, alors, de quel droit viens-tu troubler mon existence ! Me voilà marié à toi, maintenant !

La Môme, blagueuse.

Tu ne t’embêtes pas !

Mongicourt, qui n’a pas encore digéré la chose.

Et moi à madame Petypon !

Petypon, à la Môme.

Comme c’est agréable pour moi !

Mongicourt, entre ses dents, tout en gagnant la gauche.

Eh ! bien, et pour moi !

Petypon.

Si encore tu avais eu le tact de décliner son invitation en Touraine ! Mais non ! Quelle tête vas-tu faire là-bas ? Au milieu de ces bourgeois de province ; dans ce monde collet-monté ; avec tes « où c’t’y qui », tes « qui c’ty qui » et tes « Eh ! allez donc, c’est pas mon père ! »

La Môme, bien gentiment et sur le ton le plus distingué.

Oh ! non, mais je t’en prie !… engueule-moi !

Petypon.

C’est ça ! voilà !

La Môme.

Mais, n’aie donc pas peur ! tu verras si je leur en ficherai du comme il faut !

Petypon.

Enfin, ça y est : ça y est ! Je ne te demande qu’une chose : de la tenue ! au nom du ciel, de la tenue !

La Môme, passant, tout en parlant, dans un mouvement débraillé, sa jambe droite sur sa jambe gauche, les deux mains serrant la cheville.

Mais, quoi ! J’en ai de la tenue !

Petypon.

Ah ! là, oui ! Ah ! tu en as, de la tenue ! (Lui décroisant les jambes et la faisant descendre de la table.) Et, maintenant, à tantôt, trois heures et demie, en bas, devant la porte d’entrée !

La Môme.

Entendu ! (Se dégageant de Petypon, qui la dirigeait vers la sortie, pour aller à Mongicourt.) Bonjour, le m’sieur ! (Elle lui donne la main et, en même temps, par-dessus leurs deux mains jointes, elle fait un passement de jambe.) Et ! allez donc !…

Petypon (3).

Encore ! (Courant à la Môme et lui saisissant le poignet droit.) Va, file ! Ma femme peut entrer d’un moment à l’autre !

La Môme, résistant, sans brusquerie.

Oh ! bien, quoi ? je suis dans une tenue convenable ! (Passant 3, avec des mouvements de pavane.) Je suis mise comme une femme honnête. (À Petypon.) C’est égal, elle n’a pas de chic, ta femme ! (De loin, avec un salut de la main de Mongicourt.) Au revoir, bidon !

Mongicourt.

Au revoir, la Môme !

La Môme, à Petypon, en lui pinçant le nez.

Au revoir ! vieux vicieux !

Petypon, tandis qu’Étienne paraît à la porte en s’arrêtant fidèlement sur le seuil.

Mais laisse donc mon nez tranquille !

La Môme, passant devant Étienne ahuri, et lui donnant une petite tape sur la joue.

Adieu !… Grenade !

Elle sort.