Scène XXII
Mais oui, monsieur, attendez, je vais vous annoncer… (Haut.) Le lieutenant Corignon !
Lui !…
Le… le docteur Petypon ?
C’est… c’est moi, monsieur !
En effet, monsieur, je vous reconnais !… Oh ! monsieur, combien je suis confus !… cette sotte altercation de cette nuit !… Mon Dieu ! si j’avais su que c’était vous !… au moment d’entrer dans votre famille !… quelle vilaine façon de se présenter !… Oh !… Mon cousin !
Mais… remettez-vous, monsieur !
Pardonnez-moi !… C’est que quand je vous ai vu, cette nuit, attablé avec la Môme !… vous savez ce que c’est, quand on a aimé une femme !… Oh ! c’est fini, maintenant !… Mais, la nuit, quelquefois, on est éméché ; on aperçoit son ex avec un autre ; on a oublié qu’on a fini de s’aimer et… et on voit rouge ! c’est ce qui m’est arrivé.
Oui ! (Désignant Varlin d’un geste de la tête.) C’est ce que monsieur me disait !
Monsieur !
Monsieur Varlin !
Monsieur !
Votre second témoin !
Oh ! pardon ! Oui ! Oui ! je ne vous remettais pas !
C’est qu’il y a si peu de temps qu’on se connaît.
En effet ! c’est cette nuit. (À Petypon, sans lâcher la main de Varlin.) Oh ! combien je suis désolé de cet envoi de témoins… ridicule !
Comment, « de témoins ridicules ».
Non ! Non ! Je parle de l’envoi.
Ah ! bon.
J’espère bien que vous n’allez pas me tenir rigueur et que vous allez me serrer la main que je vous tends en agréant mes excuses les plus sincères !
Mais, voyons ! J’ai tout oublié !
Ah ! je ne saurais vous dire le poids que vous m’enlevez !
À la bonne heure ! Au moins, ce n’est pas un ours !… comme l’autre !
Il désigne de la tête Marollier endormi sur son fauteuil.
Tiens, mais… c’est Marollier ! Mais qu’est-ce qu’il fait ?
Il dort !
Comment ? Il pionce dans les affaires d’honneur ?
Je vais vous le rendre !…
Oh ! la Loïe Fuller !…
Chantant et dansant en agitant des voiles imaginaires, sur l’air de Loin du bal.
Tralalala, la, la, la, la, la, la, la, la, la
Tralalala, la, la, la, la, la, la, la, la, laire.
Tralalala
Tralalala…
Ah ça ! qu’est-ce que vous faites là, Marollier ? Vous dormez ?
Hein ? Comment, je dors ! (Se tournant vers Corignon.) Comment, je dors ! (Reconnaissant Corignon.) Corignon ! Vous ici ? chez votre adversaire ! Mais ça ne se fait pas ! c’est absolument incorrect !
Ne faites pas attention ! Je me suis expliqué avec M. Petypon ; tout est arrangé !
Vous ! Mais je n’admets pas ça !… Vous n’avez pas voix au chapitre !
En vérité ?
Absolument ! Vous nous avez commis le soin de vos intérêts !…
Eh bien ! je vous les retire !
Corignon !
Ah ! et puis, vous savez, en voilà assez ! Si vous n’êtes pas content, je suis homme à vous répondre !
À la bonne heure ! A-t-on jamais vu ?
Qu’est-ce que vous dites, vous ?
Hein ?… Je dis ce qui me plaît ! et puis, vous savez, si vous n’êtes pas content… (Toujours collé dans le dos de Corignon, et allant chercher la poitrine de ce dernier avec son index.) il est homme à vous répondre !
C’est bien, monsieur ! Ça ne se passera pas comme ça !
Hein ? Moi ?
Non, lui !
Ah ! lui, oh !
Je vous salue, messieurs.
Au revoir !